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Les Défenseurs des Droits de l'Homme: état de lieu

Mercredi 10 Mai 2017 - 13:1:29

LES DEFENSEURS DES DROITS HUMAINS : état des lieux

Le contexte dans lequel s’effectue notre travail en droits humains varie sans cesse selon la situation économique, culturelle, sociale, politique et plus récemment technologique au niveau mondial. La mondialisation et la globalisation a accentué la « réduction » des distances entre pays, régions et peuples a permis de plus grands échanges d’informations, plus de communication entre les peuples et un transfert proportionnellement encore plus important d’argent, de biens et de services.

1-  Définition

On entend par défenseur[1] des droits humains (DDH) toute personne qui, individuellement ou en association avec d’autres, agit pour la défense et/ou la promotion des droits humains au niveau local, national, régional ou international[2]

L'article 1 de la Déclaration des Nations unies sur les défenseurs des droits de l'homme[3] réaffirme que : « Chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, de promouvoir la protection et la réalisation des droits de l’homme et des libertés fondamentales aux niveaux national et international. »

Presque 70 ans après l'adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme et 20 ans après celle de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l'homme, l'idéal universel de promotion de la justice, des droits humains et du droit de ne manquer de rien et de ne pas vivre dans la peur est voué à un avenir très incertain partout dans le monde. Aujourd'hui, les défenseurs des droits humains et l'espace dans lequel ils travaillent, sont pris pour cible et attaqués au lieu d'être soutenus et véritablement protégés par les gouvernements.

2- LES OBSTACLES RENCONTRÉS PAR LES DÉFENSEURS DES DROITS HUMAINS

La Déclaration sur la protection des défenseurs des droits de l’homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 9 décembre 1998, est le premier instrument onusien à reconnaître l’importance du travail des défenseurs des droits humains et la nécessité de mieux les protéger.

En effet, nombreux sont ceux qui ont été eux-mêmes victimes de violations de leurs droits dans l’exécution de leurs tâches de protection et promotion des droits humains sur le plan national et international. Ces violations vont de cas flagrants tels que la violence physique et morale à d’autres formes de restrictions comme la privation du droit de se déplacer ou de se rassembler, les contraintes concernant l’accès à l’information et la diffusion de celle-ci, les difficultés pour obtenir des fonds, et les entraves au fonctionnement d’organismes par des procédures administratives longues, difficiles voir  même inutiles.

La Déclaration contient des dispositions sur les droits des défenseurs des droits humains et sur les obligations des États à les garantir. Elle contient également des dispositions sur les responsabilités qui incombent aux défenseurs et à ceux qui peuvent entraver la jouissance de ces droits chez les autres. La Déclaration sur la protection des défenseurs des droits de l’homme a été adoptée par l’ensemble des 185 États membres de l’Assemblée générale de l’ONU.

En tant que déclaration, elle ne possède aucune force légale obligatoire. Toutefois, cette Déclaration exerce une autorité morale certaine sur tous les États membres de l’ONU puisqu’ils en ont approuvé les termes par consensus. Elle reflète les normes que les États ont l’intention de respecter, sans qu’ils ne se soient encore engagés plus formellement à les mettre en œuvre dès maintenant. Une déclaration se transforme normalement en convention, c’est-à-dire en un document formel, signé et ratifié par les États participants et ayant force légale obligatoire.

 C’est le stade où ceux-ci commencent effectivement à appliquer les dispositions de la convention, comme dans un contrat, plutôt que d’exprimer seulement le souhait qu’elles devraient prévaloir. La Déclaration sur la protection des défenseurs des droits de l’homme devrait un jour acquérir le statut de Convention sur la protection des défenseurs des droits de l’homme. Toutefois, la seule existence d’une telle Déclaration à l’heure actuelle revêt une extrême importance.

Elle démontre en effet que les États, sans avoir signé ou ratifié un document ayant force obligatoire tel qu’une convention ou un pacte, acceptent déjà des normes internationales protégeant spécifiquement les défenseurs des droits humains et considèrent qu’elles devraient devenir loi. Ces États sont déjà moralement liés par la Déclaration même si leurs pratiques actuelles peuvent ne pas en témoigner.

L’Examen Périodique Universel (EPU) est un processus qui comporte, une fois tous les quatre ans, un examen des réalisations en matière des droits de l’homme des 192 Etats membres des Nations Unies. L’EPU est un processus mené par les Etats, sous les auspices du Conseil des droits de l’homme, qui offre l’occasion pour chaque Etat de déclarer quelles mesures il a prises pour améliorer la situation des droits de l’homme dans son pays et remplir ses obligations en matière des droits de l’homme.

Etant l’une des principales caractéristiques du Conseil, l’EPU est conçu pour assurer une égalité de traitement de tous les pays lorsque leurs situations en matière des droits de l’homme sont évaluées. L’EPU a été créé par l’Assemblée générale des Nations Unies, dans sa résolution 60/251 du 15 mars 2006, établissant le Conseil des droits de l’Homme lui-même. C’est un processus de coopération qui, en 2011, aura examiné les réalisations de chaque pays en matière des droits de l’homme. Actuellement, aucun autre mécanisme universel de ce type n’existe.

L’EPU est l’un des éléments clés du nouveau Conseil des droits de l’homme, qui rappelle aux Etats leur responsabilité de respecter pleinement et de mettre en œuvre tous les droits de l’homme et libertés fondamentales. Le but ultime de ce nouveau mécanisme est d’améliorer la situation des droits de l’homme dans tous les pays et de traiter des violations des droits de l’homme où qu’elles se produisent. On dit souvent que le droit à la liberté d’opinion et d’expression est la mère de tous les droits, tout comme le droit de rechercher et de recevoir des informations.

 Avant de pouvoir affirmer quelque chose, il faut d’abord en prendre conscience et être en mesure de le formuler, d’où l’importance de la liberté d’opinion et d’expression pour pouvoir revendiquer ses droits. Après c’est la liberté de parole qui permet aux individus de communiquer entre eux. Les hommes et les femmes que nous sommes sont, dit-on «des machines à prendre des décisions». Et c’est, paraît-il une des caractéristiques qui nous distingue de ces êtres plus primaires que sont les animaux.

Grandes ou petites, importantes ou secondaires, réfléchies et pesées ou hâtive, voire improvisées, les décisions succèdent aux décisions et entraînent pour chacun de nous des conséquences que nous n’avons pas toujours prévues. Plus nous nous situions à un degré élevé de l’échelle sociale, plus nos décisions ont de retentissement sur nous et sur les autres.

La question qui se pose est alors celle-ci : que faire, comment faire pour prendre de bonnes décisions, éviter autant que faire se peut d’en prendre qui soient foireuses ou désastreuses ? Où est la recette de la bonne décision ? «Il faut essayer, a dit l’ancien numéro un chinois, d’aller plus loin si l’on voit que c’est bon s’arrêter, revenir en arrière si l’on s’aperçoit qu’on s’est trompé. Mon premier principe est de ne pas craindre de faire des erreurs.

Mon  second est de les corriger dès qu’elles apparaissent.» «A plusieurs, on est plus perspicace qu’à quelques-uns; c’est par la sagesse collective d’un grand nombre qu’on parvient le mieux à faire progresser les entreprises et l’économie, les associations et les collectivités. La décision ne doit pas non plus être confiée à la sagesse d’une seule personne ou au diagnostic d’un petit groupe de dirigeants, qui se ressemblent parce qu’ils se nourrissent aux même sources d’information. Les groupes au sein desquels les décisions prises le sont de la manière la plus intelligente, la plus sage et la plus avisée ont pour caractéristiques principales d’être : assez larges pour que le collectif domine l’individuel et que le groupe cesse d’être influencé par les personnalités fortes qui  peuvent exister en son sien.

Cette diversité est nécessaire pour préserver la décision de l’influence d’un homme ou d’un milieu, des manipulations d’un groupe : plus le groupe est divers, plus est assurée l’indépendance et l’impartialité de chacun de ses membres et la qualité de la décision. A elle seule l’intelligence ne permet pas de voir tous les aspects d’un problème, de l’examiner sous toutes les perspectives.

 Pour que le monde imaginé par les auteurs de ces instruments cruciaux et déterminants de défense des droits humains se réalise, nous devons, tous ensemble, veiller à ce que les défenseurs de ces droits continuent de disposer d'un espace favorable et sûr pour mener à bien leur travail essentiel. De plus en plus, les gouvernements du monde entier adoptent des lois qui limitent l'exercice pacifique des droits humains, entravant le travail des défenseurs de ces droits et les exposant à un risque plus élevé.

 Ces lois interdisent aux organisations de la société civile de recevoir des fonds en provenance de l'étranger ou compliquent le processus d'enregistrement de ces organisations, autorisent le recours à une force excessive et injustifiée contre des manifestants pacifiques, ou encore permettent une surveillance de masse. L'espace dans lequel la société civile évolue se réduit chaque jour un peu plus. Les discours de haine et les propos attribuant à des groupes minoritaires la responsabilité collective de problèmes sociaux et économiques réels ou supposés se multiplient et créent un environnement hostile.

Le mépris persistant à l'égard du droit international humanitaire et des normes internationales relatives aux droits humains, ainsi que la multiplication des conflits informels, instaurent un climat instable et dangereux pour les militants. Le changement climatique et l'exploration et l'extraction minière des ressources naturelles entraînent les peuples autochtones et les défenseurs du droit à la terre dans des conflits de plus en plus fréquents avec les structures de pouvoir existantes.

La discrimination à l’égard de certaines minorités et les inégalités de genre sont omniprésentes. Elles sont enracinées dans la structure même de la société et ont une influence sur la répartition des pouvoirs à tous les niveaux. La discrimination fondée sur le genre rejoint et aggrave d'autres formes de discrimination, comme la discrimination liée à l'âge, à la couleur de peau, à la caste ou à l'origine ethnique, ainsi que la violence liée au genre. Elle continue d'aggraver la marginalisation de certains groupes et de restreindre leur capacité à exercer leurs droits humains.

Des gouvernements, des groupes armés, des entreprises, des groupes religieux et d'autres détenteurs du pouvoir prennent une multitude de mesures destinées à réduire au silence les voix qui les critiquent et à empêcher le travail des défenseurs. Dans leurs efforts pour protéger leurs intérêts, les détenteurs du pouvoir accusent ceux qui s'opposent à eux d'être des « agents de l'étranger », des terroristes ou des menaces pour la sécurité, le développement ou les valeurs traditionnelles, créant des divisions au sein de la population. Ils peuvent alors les attaquer, ruiner leur réputation, les arrêter et les emprisonner sans justification, ainsi que faire usage de violence.

 Des défenseurs des droits humains sont victimes de harcèlement, font l'objet de campagnes de dénigrement, subissent des manœuvres de déligitimation, de stigmatisation et de diabolisation, sont torturés, placés en détention illégale et même tués pour avoir simplement osé défendre les droits humains. Des syndicats sont dissous. Des journaux sont fermés. Des réseaux sociaux sont interdits et les communications numériques surveillées. Il devient de plus en plus difficile de descendre manifester dans la rue.

 Les gouvernements laissent entendre que les droits humains ne sont plus importants. Du fait de cette évolution des comportements à travers le monde, il est plus facile d'incriminer, de marginaliser et de discriminer ceux qui défendent les droits humains. Les défenseurs n'ont souvent pas accès aux informations, aux réseaux et aux outils dont ils ont besoin pour faire changer les choses.

 Dans beaucoup de pays, il n'existe pas de lois ni de programmes destinés à soutenir leur travail ou à les protéger des attaques des autorités, des entreprises et, souvent, de la population elle-même. Leurs agresseurs sont rarement traduits en justice. Et il n'existe aucune volonté politique d'affirmer clairement que les défenseurs des droits humains sont indispensables pour bâtir un monde meilleur.

Aujourd'hui, des défenseurs de toutes les régions du monde et de tous les horizons sont prêts à tout risquer pour combattre l'injustice. Ces défenseurs sont des étudiants, des responsables locaux, des journalistes, des avocats, des victimes de violations des droits humains et leurs familles, des professionnels de la santé, des enseignants, des syndicalistes, des lanceurs d'alerte, des paysans, des militants environnementaux, des opposants politiques, et bien d'autres personnes encore. Nous devons nous battre à leurs côtés et reconnaître la valeur de leur action courageuse, qui contribue à protéger l'ensemble de nos droits.

Nos sociétés deviennent rapidement de plus en plus liées les unes aux autres et notre dépendance envers les ressources des uns et des autres augmente à une vitesse fulgurante voir exponentielle. Le terme «mondialisation et globalisation » est le terme utilisé en général pour parler de notre ordre mondial actuel toujours en mutation, caractérisé par des relations mondiales de plus en plus importantes et puissantes, des réseaux et des associations renforcés et organisés dans le monde entier, et le phénomène naissant d’une conscience mondiale.

Pour certains, la mondialisation et la globalisation ont une force libératrice alors que pour d’autres elles représentent un nouveau moyen pour ceux qui détiennent le pouvoir de continuer à refuser de partager les ressources avec leurs concitoyens. Ce qui semble immuable, c’est l’évolution du rôle des nations, de leurs politiques et de leurs économies. Les organisations internationales économiques (telles que la Banque Mondiale, le FMI et l’OMC) et les multinationales en particulier ont vu leur influence considérablement augmenter sur les économies nationales, locales et elles détiennent souvent plus de pouvoir que les gouvernements nationaux.

Les intérêts corporatifs redéfinissent le paysage du pouvoir, « mettant en doute la compétence de l’État à garantir la sécurité des droits fondamentaux de ses citoyens et à préserver une démocratie participative et inclusive». (Ishay, M. 2004 : 181-193)

De nombreux pays, asservis par le poids de la dette, ont été obligés d’accepter de sévères programmes d’ajustement structurel qui aggravent encore les famines, la pauvreté absolue et le chômage endémique des jeunes. Cette dégradation des conditions de vie a eu de lourdes conséquences sur le quotidien des populations majoritairement pauvres. Les tensions entre ethnies ou communautés se sont amplifiées, aboutissant souvent à des conflits armés internes graves et sanglants ou à des émeutes à grande échelle.

Un autre facteur important à souligner est que les hommes, les jeunes et les femmes subissent différemment les effets de la mondialisation et la globalisation. Bien que, grâce à la mondialisation, de nouveaux emplois aient été créés pour les femmes, les changements récents ont exacerbé les inégalités entre hommes et femmes. Les femmes sont en général plus durement touchées par les changements provoqués par la mondialisation.

 Au fur et à mesure que l’ajustement structurel se fait sentir, les conditions de vie se dégradent et les difficultés des femmes se multiplient car elles doivent travailler davantage pour compenser l’amenuisement des services sociaux. Elles sont rarement consultées ou prises en compte quand des plans de développement à grande échelle sont développés. La perte de souveraineté que les États ressentent a augmenté leur niveau d’anxiété. Ils ont fini par éprouver de l’aversion et du mépris envers le système international et le multilatéralisme, surtout dans le domaine des droits humains.

Le refus actuel exprimé par les États de s’expliquer ou d’être sanctionnés par toute institution qui ne relève pas de leur autorité (par exemple: les organisations internationales, la cour internationale de justice) menace les quelques succès obtenus ces vingt dernières années par la communauté internationale travaillant dans le domaine des droits humains. Les desseins en matière de sécurité de nombreux États menacent aujourd’hui gravement notre liberté fondamentale.

En raison de cette évolution permanente du monde, notre travail en tant qu’éducatrices ou éducateurs et militantes ou militants des droits humains doit surmonter de nouveaux défis. Les événements du 11 septembre 2001 et les préoccupations de sécurité toujours grandissantes liées à «la guerre contre le terrorisme» continuent d’engendrer dans le monde entier de nombreuses répercussions sociales, économiques et politiques. « Les mouvements animés par les principes universels des droits de l’homme (ou les forces sociales) (…) ont été affaiblis dans leur rôle traditionnel de modérateur à l’endroit de l’autorité étatique.

De plus en plus paralysé par les impératifs du marché et les préoccupations sécuritaires de l’après-11 septembre, l’activisme en faveur des droits humains a graduellement fait place à de nouvelles tendances autoritaires. » (Ishay, M. Globalization, décembre 2004, Vol. 1, No. 2, pp. 182. Si notre travail s’est traditionnellement concentré sur le rôle et les responsabilités des États-nation, il est aujourd’hui évident que nous devons aussi nous pencher sur le rôle et les responsabilités de tous les autres acteurs présents (organisations internationales, multinationales, les industries extractives, les parties politiques etc.)

Si nous voulons avoir un impact sur les changements qui ont lieu dans nos communautés dans le domaine des droits humains. Au cours de la dernière décennie, le travail des défenseurs des droits humains pour une plus grande sensibilisation aux droits humains à l’échelle mondiale, a grandement profité de l’accessibilité accrue aux technologies de l’information et des communications. Grâce à l’Internet, l’accès rapide,  aux nouvelles, à des recherches et aux reportages visuels crée un sentiment d’interconnexion entre les individus de différentes régions du monde, le continent africain en particulier comme jamais auparavant.

 Au fur et à mesure que les médias élargissent leur part d’audience dans des endroits encore éloignés voir inacecible, surtout grâce à la radio et à la télévision, l’information et les connaissances sur les droits humains suivent le rythme. Les technologies de l’information et de la communication comme l’Internet et la téléphonie cellulaire sont devenues des outils de sensibilisation aux violations de droits humains les plus dynamiques permettant de couvrir rapidement et largement des problèmes spécifiques de droits humains qui affectent des milliers de personnes dans le monde.

Grâce à l’accès rapide à tant d’information, le sentiment d’indignation fait place à l’action. Ces nouveaux outils ont ouvert [pour les militantes et militants des droits humains] un espace public plus égalitaire et participatif où il est possible d’accéder à l’information susceptible de prévenir les violations des droits humains et promouvoir les valeurs et pratiques inhérentes à leur travail et de ne plus dépendre des «médias de masse corporatifs».

Toutefois, ces technologies ne les protègent pas davantage contre le harcèlement sexuel, le viol, la violence à caractère politique, les attaques terroristes, l’emprisonnement et la mort pour publier ou diffuser des nouvelles et de l’information, surtout dans les pays où la censure et le contrôle des médias sont la norme.

Bien que la mondialisation génère à la fois des coûts et des opportunités, ceux-ci sont présentement répartis de manière très inégale. Il est généralement reconnu que les pays en voie de développement ou en transition comme l’on voit dans la plupart des pays africains  font face à des difficultés spécifiques quant aux défis émergeant d’un monde globalisé.

Ainsi, les membres des Nations Unis ont reconnu que c’est seulement par des efforts soutenus et durables pour créer un avenir commun, que la mondialisation pourra être équitable et inclusive. Ces principes, exprimés, à un niveau mondial, dans les objectifs du millénaire pour le développement constituent des efforts qui incluent des mesures et des politiques correspondant aux besoins des pays en voie de développement ou en transition et qui ont été formulées et qui seront mises en œuvre avec leur participation active.

Face à ces défis mondiaux, les organisations défendant les droits humains doivent surmonter de nombreux obstacles. Les défenseurs des droits humains doivent inscrire leurs actions dans un cadre politique, développer les réseaux existants ou en créer de nouveaux, et forger des alliances avec les organisations déterminées à atteindre les mêmes buts, en particulier celles du mouvement altermondialiste et d’autres structures travaillant dans cette même dynamique. Comme Clarence Dias l’affirme : Ce qu’il nous faut, c’est de la « moncalisation » : une combinaison de mondialisation et de localisation.

 On nous a appris à penser de manière mondiale et à agir de façon locale. Et quand on l’a fait, on a invité la Banque Mondiale et les multinationales chez nous. Il est temps de penser de façon locale et d’agir de façon mondiale pour comprendre l’impact que la mondialisation a sur nous et sur les personnes avec lesquelles nous travaillons. Et d’essayer de traiter cet impact au niveau de la famille, de l’école, de la communauté, du pays, de la région, de la planète. Pour le faire, il faut passer de nouvelles alliances et se fonder sur de nouveaux partenariats.

Quand des individus ou des peuples ne peuvent pas exercer les droits qu’ils comprennent être ou qu’ils croient être les leurs, les militantes et les militants peuvent les aider et les encourager dans leurs démarches judiciaires et administratives ou, lorsqu’il n’existe pas de mécanisme bien établi, par d’autres formes de plaidoyer.

Revendiquer un droit n’est pas seulement affirmé l’appartenance de ce droit à un individu. Cela contribue également à définir le droit et fait avancer l’idée que ce qui a été réclamé n’est pas un privilège, mais un droit. Une approche fondée sur les droits repose sur la conviction que chaque être humain, en vertu de son statut d’être humain, est détenteur de droits. L’existence même d’un droit oblige le gouvernement à le respecter, à le promouvoir, à le protéger et à en permettre l’exercice.

 Le caractère légal et normatif des droits et les obligations gouvernementales qui y sont associées sont fondés sur les textes internationaux, les normes et traités internationaux relatifs aux droits humains, ainsi que sur les dispositions nationales constitutionnelles des droits humains.

Bolivar (cité, en anglais, dans Circle of Rights, 2000[4]) décrit une approche fondée sur les droits de la manière suivante : Qu’est-ce qu’une approche fondée sur les droits veut dire? Tout d’abord, il est important de bien comprendre la différence entre un droit et un besoin. Un droit est quelque chose qui est inhérent à mon statut d’être humain. C’est ce qui me permet de vivre en toute dignité. En outre, un droit peut être exercé face au gouvernement et implique l’obligation pour ce dernier de le respecter.

Un besoin, par contre, est une aspiration qui peut être légitime mais qui n’entraîne pas forcément d’obligation de la part du gouvernement; on ne peut pas faire respecter la satisfaction d’un besoin. Les droits sont associés avec « l’être », alors que les besoins sont associés avec « l’avoir ». En second lieu, une approche fondée sur les droits ne se concentre pas sur la défense ou l’attaque de la forme de gouvernement, sur des déclarations pour ou contre l’inclination politique de la victime (supposée ou réelle) de ceux qui violent les droits humains, mais plutôt sur les droits qui sont eux-mêmes violés et sur l’appareil qui rend ces violations possibles.

Autrement dit, l’approche fondée sur les droits ne peut pas attaquer ou soutenir un type particulier de système politique, même si elle ne peut ignorer son existence comme facteur entravant ou favorisant l’exercice effectif des droits de l’homme. Troisièmement, et en conséquence de ce qui vient d’être dit, un droit est défini sur la base de la dignité, ce qui veut dire sur la base de « l’être », et non de « l’avoir », du programme politique, social et économique d’un parti politique ou d’un gouvernement. Un programme politique peut et devrait être négocié alors que la dignité n’est pas négociable.

 Les programmes politiques sont nécessaires pour respecter les droits humains, mais ils ne peuvent pas les remplacer. Les programmes politiques peuvent être modifiés selon les dynamiques sociales et économiques, et ce qui est important aujourd’hui ne le sera peut-être pas demain. La dignité de l’individu est immuable; elle est la même en tout temps et en tout lieu, et son essence transcende les différences culturelles, religieuse, racial et ethnique.

Pour développer une approche fondée sur les droits, il faut réexaminer notre façon de penser et d’agir face aux problèmes vécus par les personnes et les groupes défavorisés. Il faut aussi améliorer la connaissance des normes internationales des droits humains et la capacité de les appliquer.

Notre ambition est de mettre en œuvre une campagne qui suscite des changements durables en matière de droits humains, en soutenant les défenseurs des droits humains et en travaillant avec eux. Pour y parvenir, nous devons fixer des priorités et renforcer nos efforts relatifs à l'éducation aux droits humains (EDH) ainsi que nos mécanismes de renforcement des capacités, parallèlement à notre travail habituel, pour exiger des changements législatifs et politiques.

Nous devons faire en sorte qu'un plus grand nombre de personnes comprennent qui sont les défenseurs des droits humains et les soutiennent, ainsi que leur travail. Le grand public doit comprendre les répercussions entraînées par la réduction de la liberté d'action de la société civile sur les défenseurs des droits humains et les populations en général. Nous devons travailler avec les DDH eux-mêmes pour qu'ils soient mieux connectés, protégés et reconnus, et qu’ils aient les moyens de travailler dans un environnement plus sûr et favorable.

 

Ces initiatives doivent s’inscrire dans un effort concerté et constant visant à déconstruire les discours négatifs qui diffament, stigmatisent et blessent les défenseurs des droits humains et le travail inestimable qu'ils réalisent. Ces campagnes de diffamation lancées par des acteurs étatiques et non-étatiques créent un environnement dans lequel les droits des défenseurs des droits humains sont violés en toute impunité.

 Nous devons élaborer des récits solides pour réussir à contester, réfuter et éradiquer ces méthodes. En mettant sur le même plan, d'une part, notre travail d'éducation aux Droits humains (d'EDH) et celui visant à éliminer les discours négatifs, et, d'autre part, nos initiatives pour obtenir des changements systémiques sur les plans du droit, des politiques et des cas individuels, nous voulons nous attaquer efficacement et durablement aux efforts des États et d'autres acteurs visant à réduire voire à fermer l'espace accordé aux défenseurs des droits humains dans la société

Yahya SIDIBE

Président SOS TALIBES



[1] Dans la présente stratégie, le masculin est utilisé sans aucune discrimination et dans le seul but d'alléger le texte.

[2] Définition fondée sur la Déclaration sur le droit et la responsabilité des individus, groupes et organes de la société de promouvoir et protéger les droits de l'homme et les libertés fondamentales universellement reconnus (Déclaration sur les défenseurs des droits de l'homme), disponible sur http://www.ohchr.org/FR/Issues/SRHRDefenders/Pages/Declaration.aspx.

[4] International Human Rights Internship Program and Asian Forum for Human Rights and Development. Circle of Rights – Economic, Social & Cultural Rights Activism: A Training Resource, IHRIP Forum-Asia, 2000.


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Transmis par L . Louckas Hounkanlinkpe (Göteborg)
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