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Phénomène des Daaras au sénégal

Lundi 15 Aout 2016 - 17:14:13

Le Phénomène des Daaras au sénégal

Le phénomène des écoles Coraniques n’est pas nouveau en milieu musulman sénégalais. Ce sont ces institutions qui prenaient en charge et qui continuent de le faire, l’éducation religieuse des enfants. Au cours de son séjour de plusieurs années dans une école Coranique, en plus du Coran et de la Souna, l’enfant apprend certaines vertus de la vie en communauté notamment, la courtoisie, la solidarité, l’endurance, le goût du travail, la persévérance, etc.

Jadis, phénomène marginal tel qu’il existe maintenant, il est entrain de prendre en milieu urbain des proportions démesurées. Cela s’explique en grande partie par l’existence d’une présence massive des enfants dans la rue sollicitant de l’aumône mais aussi, par l’exode rural du fait des conditions de vie rudes dans les campagnes. Il s’y ajoute la migration transnationale alimentée par les pays limitrophes du Sénégal que sont : la Mauritanie, le Mali, la Guinée Bissau, la Gambie, et la Guinée Conakry. Le projet est à situer dans plusieurs contextes, chacun justifiant cette démarche.

·                Un contexte  historique et géographique :

L’école Coranique »Daara » existait au Sénégal depuis le 11ème Siècle bien avant la colonisation française et avait remporté un vif succès auprès de la population. Concernant l’instruction des souverains, au 16ème siècle, l’école Coranique était indépendante de la mosquée et avait pour rôle d’apprendre à lire et écrire sous la direction du maître Coranique.


Les écoles Coraniques, qui s’étaient multipliées au Sénégal, au fil des siècles, ont eu une clientèle nombreuse de la plupart des régions du pays non seulement parce qu’elles formaient à la lecture et à l’écriture, préparaient à une promotion sociale par l’accès à la connaissance. Pendant la colonisation, si l’on peut parler dévolution de l’enseignement du coran au Sénégal, d’un point de vue historique, il est nécessaire de s’attarder sur une période spécifique qui est celle de la colonisation française. Durant cette période, les écoles coraniques représentent semble-t-il une menace ou un frein pour l’essor de la langue de domination française.


Certains auteurs décrivent même une lutte entre l’Etat français et la voie de transmission de l’Islam. L’école coranique représentait une « entrave à l’expansion de la langue française, instrument privilégié de la domination coloniale » En effet, dès 1896, est promulgué un arrêté du gouverneur de la colonie du Sénégal, qui stipule dans son article 8 ; l’interdiction formelle aux maîtres Coraniques d’utiliser leurs élèves pour quêter dans la rue.


En 1977, un autre texte (article 45 du code pénal) interdisant la mendicité a été adopté avec cependant des clases dérogatoires liées aux normes religieuses et coutumières qui sont au fondement de la mendicité. Les réactions des autorités religieuses et gouvernementales n’ont pas permis d’inverser la tendance d’un phénomène qui perdure dans le temps. À Dakar, où la situation de pauvreté est particulièrement frappante du fait du nombre important des écoles Coraniques (daaras) pauvres et par conséquent, de talibés dans la rue. Mais aussi une situation contrastée avec des daaras « privées », où le coût de la scolarité est élevé.


·         Un contexte culturel :

Le Sénégal connaît des pratiques et traditions séculaires, liées tant à la religion qu’à des coutumes, qui, bien qu’ayants des conséquences immédiates sur le statut  et les droits des personnes, n’ont malheureusement pu trouver aucun reflet dans le système juridique sénégalais.

Ainsi, le pays connaît-il une série de comportements socioculturels très répandus qui se situent dans le secteur dénommé « informel », dépourvus de toute forme de contrôle par les services de l’Etat. De telle pratiques qui trouvaient originairement dans leur conteste socioculturel des formes de contrôle propres aux sociétés solidaires, sont désormais privées de toute forme d’équilibrage. En effet, ni la structure sociale, désormais éclatée, ni l’Etat ne sont en mesure d’accompagner de telles pratiques et d’éviter les éventuels abus.

 On peut citer à titre d’exemple, la pratique du confiage, qui transfère une partie de la responsabilité parentale à une tierce personne ; les conditions de l’éducation Coranique, que tout musulman doit recevoir mais dont l’organisation échappe complètement au contrôle de l’Etat; le travail des mineurs, qui traditionnellement représente un moyen de survie pour les familles et qui relève évidemment de l’informel; l’apprentissage en est un autre exemple. Le placement traditionnel a subi une mutation et intervient dorénavant dans un espace social où les liens entre les parents et le récipiendaire sont de plus en plus lâches et se monétisent dans la poursuite d’objectifs économique.

Les pratiques traditionnelles de migration et de placement des enfants auprès de membres de la famille élargie ne sont pas à condamner en tant que tel, bien au contraire, elles sont pour des milliers de jeunes garçons, une ouverture vers un avenir meilleur. Par conséquent, il est indispensable de faire la différence entre les enfants placés dans le cadre de cette coutume et les enfants victimes de traite et d’exploitations. D’autre part, coexiste un système d’enseignement formel et un système d’enseignement non formel.

 Au Cours de la dernière décennie, le Sénégal a connu une expansion de l’enseignement non formel, et principalement des écoles Coraniques communément appelées « daaras en Ouolof». Les écoles Coraniques sont le type d’établissement à caractère religieux le plus répandu au Sénégal. L’objectif premier des écoles Coraniques est l’apprentissage du Coran qui doit être mémorisé en arabe. Or, l’enseignement non formel dans les écoles Coraniques traditionnelles, est le seul qui soit encore non réglementé, et qui dans certains cas ne permet plus la vigilance et le contrôle de la communauté d’origine.

 Le type d’école Coranique traditionnelle qui est facteur de vulnérabilité des enfants, car il ne subit plus aucun contrôle, ni religieux, ni étatique, ni par les communautés, est l’école Coranique traditionnelle urbain d’origine rurale. En effet, traditionnellement, les écoles Coraniques traditionnelles étaient implantées en zones rurales et dans les quartiers urbains.


Les familles, la communauté exerçaient «un contrôle, un droit de regard sur les enfants et l’enseignant». Depuis la crise du secteur agricole, les maîtres Coraniques ont emmené leurs talibés dans les centres urbains (essentiellement vers Dakar, Saint-Louis, Kaolack, Mbour, Ziguinchor, Diourbel, Louga, Kolda, Thiès et alors leurs familles sont restées dans leurs milieux d’origine. Ainsi, les enfants se retrouvent en dehors des systèmes formels et informels de protection.


Le défaut de réglementation encadrant ce type d’enseignement et fixant les devoirs de chacun explique le défaut de subventions de l’Etat. Malgré une prise de conscience au plus haut niveau et la volonté répété des maîtres Coraniques, la tenue d’assises nationales sur la mendicité a maintes fois été repoussée à une date encore inconnue pourquoi ?


C’est un phénomène qui jouit d’une protection socio-culturelle qui rendait toute mesure uniquement légale difficilement opérante. Il se nourrit de plusieurs facteur la confusion entre enfant dans la rue et talibé ; la sensibilité religieuse liée à la mendicité et à tout ce qui touche à la daara. C’est cela qui sans doute les carences notées dans l’application textes concernant la protection des enfants vulnérables.


Mais il n’est guère possible de s’en tenir à ce constat fataliste et de considérer que le problème des enfants talibés ne pourra jamais être résolu. Une telle attitude serait le meilleur moyen d’encourager le phénomène qui prend chaque jour une plus grande ampleur en raison de la pauvreté persistante et des opportunités de revenus qu’offre la mendicité. A cet effet, la solution la plus adéquate et la plus durable pour lutter contre ce phénomène devrait s’appuyer sur ce levier socio-culturel pour éviter d’entretenir l’image d’une puissance publique qui ne se soucie guère de la protection des enfants vulnérables, en mettant en place une stratégie d’action à plusieurs volets.


·                Un contexte juridique et économique:

 La récente loi du 29 avril 2005, promulguée par le gouvernement du président d’Abdoulaye Wade, à défaut d’avoir résolu le problème de la mendicité, a pris acte de la situation et a donc interdit la mendicité forcée à des fins autres que religieuses. L’actualité de la problématique des écoles Coraniques dans les grandes villes, mobilise beaucoup d’acteurs qui œuvrent en faveur des droits de l’homme en général de l’enfant en particulier.


Cet engouement révèle l’ampleur de la  situation et pose en même temps, le problème du respect des droits de l’enfant. En effet, au cours des deux dernières décennies, le Sénégal est caractérisé par de fortes mutations sociopolitiques et une économie aux résultats inégalement redistribués. Dès lors, le contexte devient difficile et les conséquences se ressentent plus au niveau des couches les plus vulnérables notamment les enfants.


Cette situation reflet d’une quasi indifférence vis-à-vis des droits de ces derniers, suscite beaucoup d’intérêt de la part des institutions de l’Etat, des organisations internationales et celles de la société civile (OCB, ONG, Association). Ainsi, en plus des individus de bonne volonté, plusieurs organisations s’évertuent à apporter un appui et un accompagnement aux enfants dans les écoles Coraniques appelées daaras.


Parallèlement à ces actions, des études sont menées. Mais, à part le mérite d’avoir osé investir un domaine aussi sensible, elles n’ont pas encore apporté assez d’éclairage pouvant permettre d’aller dans le sens de l’amélioration des conditions de vie et d’apprentissage des enfants dans les écoles Coraniques. L’appellation »talibé» ou élève d’une école Coranique est devenue chargée et est considérée comme synonyme » d’enfant mendiant».


Les approches directives jusque-là mises en œuvre dans les projets par les experts sont caractérisées par la faiblesse des impacts, l’inexistence d’action de prévention dans les localités de provenance et surtout l’insuffisance de la concertation entre les acteurs à tous les niveaux. Voilà quelques situations qui peuvent entraver l’efficacité des acteurs. Cela atteste de la faiblesse des approches et des connaissances sur le phénomène.


Ce qui influence dans une large mesure la pertinence et le choix des actions de terrain; d’où la nécessité d’approfondir la réflexion de manière participative. Les daaras posent un problème d’éducation ; bien que l’Etat consacre 40% de son budget à l’éducation, la prolifération des enfants mendiants amène à questionner l’utilisation de ce budget et de cette manne. L’Etat semble réagir plus qu’agir. Ce qui en soi est déjà une grande avancée: de plus en plus de sanctions  sont prises par l’Etat à l’encontre des marabouts, des sanctions fermes qui amèneront à un changement des mentalités.


·                Un contexte médiatique :

La couverture médiatique des talibés au Sénégal, du moins celle des médias occidentaux, est inversement proportionnelle à leur visibilité. Très peu de reportages ont été faits sur cette question. Le cas échéant, ils sont accablants car ils ne montrent que des situations de détresse, et stigmatisant car ne pointant qu’une des réalités qu’impliquent les daaras au Sénégal, en l’occurrence les marabouts, voire les enfants eux-mêmes.

 À l’image du documentaire « Les enfants perdus de Mbour», de Daniel Grand clément diffusé sur Thalassa le 17 février 2009, puis repris par TV5 donc diffusé au Sénégal. L’impact a été énorme sur place, et les marabouts ou maîtres Coraniques se méfient désormais excessivement des médias.


Yahya SIDIBE
Président SOS TALIBES

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