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EXploitation Aurifere à Kédougou/ Sénégal

Lundi 7 Decembre 2015 - 15:2:45

EXPLOITATION AURIFERE A KEDOUGOU/ SENEGAL

Cas de kharakhéné dans le département de Saraya.

1-L’orpaillage traditionnel en débat : une activité illégale ou légitime ?

2-L’exploitation artisanale : espace professionnels, Statuts et procédés

Le débat sur l’orpaillage traditionnel s’articule généralement autour de sa conformité avec un certain nombre de textes et d’instruments légaux et juridiques, tant au niveau national qu’au niveau communautaire  de l’UEMOA. De manière générale, ce débat autour de l’illégalité ou de la légitimité de l’orpaillage traditionnel est sous-tendu par plusieurs faits et constats : Tout d’abord, toute exploitation, qu’elle soit artisanale, semi-mécanisée ou industrielle doit être légalement soumise à une autorisation préalable des autorités administratives et gouvernementales compétentes ; L’orpaillage reste néanmoins une activité traditionnelle et ancienne, et constitue un moyen de subsistance pour des milliers d’individus et de ménages dans la région de Kédougou. La quasi-totalité des activités liées à l’orpaillage traditionnel dans la zone est pratiquée de manière informelle, donc illégale, par des individus ou des groupes. A partir des constats ci-dessus, se dégagent et se confrontent deux logiques d’analyse ou de jugement que sont la légalité de ces pratiques ou, au contraire,  leur légitimité.  En outre, on relève des préoccupations relatives  aux conséquences sanitaires et écologiques (ou environnementales). Je m’en arrête là  mais on peut voir aussi analyser le cadre juridique et légal par exemple : le Code minier, le Code forestier, le Code de l’environnement, le Code du travail etc.

Ø  L’exploitation artisanale : espaces professionnels, statuts et procédés

L’exploitation artisanale de l’or, désignée également par le terme d’orpaillage traditionnel, s’organise essentiellement autour de sites miniers artisanaux et précaires communément appelés diouras en malinké. Ces sites d’orpaillage, loin d’être des zones d’anarchie, fonctionnent sur la base de règles  établies au sein même des communautés d’orpailleurs. Par ailleurs, ils donnent naissance à de nouveaux statuts socioprofessionnels, qui remodèlent l’organisation sociale villageoise ainsi que les pouvoirs locaux.

Ø  Le dioura et son mode de fonctionnement

Le dioura demeure avant tout un espace cosmopolite et multi-professionnel, où les orpailleurs de toutes spécialité côtoient des vendeurs de nourritures surtout et des artisans tels les forgerons. La procédure d’obtention d’une mine consiste à réserver un emplacement, puis à procéder à sa certification (orale) par un agent de sécurité du site (appelé tomboulouma). Le spécifique du tomboulouma consiste à surveiller les mines artisanales ou trou miniers (appelé daman), à assister au partage des pierres, à faire respecter les distances réglementaires entre les damans, à trancher certains différends nés dans le dioura ou dans le village et à infliger des amendes et sanctions financières dans les cas de transgression de certaines règles. L’accès au site par les orpailleurs est réglementé et fortement assujetti aux jours et aux horaires de travail arrêtés par les autorités du village et du site minier, soit de six heures du matin à dix-heures en général.

 Les lundis et les vendredis correspondent aux jours de fermeture du dioura. De ce fait, toute activité d’orpaillage ou professionnelle y est interdite en dehors des jours et des horaires de travail. L’accès au site d’orpaillage dans le cadre de visite est toutefois possible en dehors des périodes d’ouverture habituelle, mais nécessite l’autorisation d’une autorité du village (comme le chef du village) ou du dioura, ou encore l’autorisation des gardiens.  Le village est placé sous la responsabilité du chef de village (appelé Loutigui). Il existe entre le dioura et le village une relation ombilicale, à l’instar de celle unissant la mère à l’enfant.

Ø  Les diourakountigui, responsables et protection du site

L’organisation du dioura est sous la responsabilité du chef de site (diourakountigo en malinké en bambara on les appelle diourakuntigui), qui est une fonction paire. Il existe ainsi un chef de site homme et un chef de site femme. Cette forme de parité dans la direction du dioura, si elle manifeste une prise en compte du genre dans l’organisation du dioura, relève moins cependant des préoccupations institutionnelles à la mode visant l’institutionnalisation du genre. Elle résulte davantage d’une approche pragmatique du fonctionnement du dioura et prenant en compte la composition de celui-ci, mais aussi des réalités socioculturelles locales. De ce fait, la prise en compte du genre dans l’institution de ce nouveau statut socioprofessionnel est à la fois contextuelle et contingente.

                Le chef du site d’orpaillage est chargé de veiller au bon fonctionnement du site. Ce fonctionnement s’entend aussi bien du point de vue de la gestion  des hommes et du respect des règles propres au site d’orpaillage que du point de vue mystico-ésotérique. Le chef du site d’orpaillage ordonne et veille à la bonne exécution de tous les sacrifices nécessaires au fonctionnement et à la prospérité du dioura. Il peut solliciter la contribution financière des habitants ou organiser une collecte directe dans le site d’orpaillage pour une bonne conduite de sa mission. Les deux chefs  de site sont désignés au cours d’une séance publique par l’assemblée du village. Les critères qui déterminent le choix des chefs de site demeurent la confiance Communautaire à l’égard du postulant, d’une part, et l’espoir que ce dernier portera chance au dioura en favorisant une plus grande découverte de l’or.

Ø  L’organisation du travail dans les damans et les métiers de l’orpaillage

A l’instar de l’organisation qui prévaut dans le dioura, on retrouve dans les mines une organisation du travail visant la bonne exécution des tâches et l’harmonisation des rôles de chaque orpailleur. L’exploitation des mines artisanales nécessite la mise en place d’équipes d’orpailleurs dont les tailles varient fortement d’une mine à l’autre. Chaque mine artisanale ou daman est généralement la propriété d’un seul individu, mais il arrive que deux individus s’accordent pour partager la propriété d’une mine. L’obtention d’un daman au sein du dioura n’est toutefois assujettie à aucune contribution financière ou démarche administrative. Il suffit d’être le premier à désigner l’emplacement retenu pour creuser dans la zone autorisée à l’exploitation et d’en obtenir la certification orale par un tomboulouma pour être propriétaire de la mine en question. Le processus d’exploitation ou de mise en valeur de l’emplacement ciblé commence donc par la désignation d’un chef d’équipe par le propriétaire. Ensuite, le chef d’équipe, seul ou en collaboration avec le propriétaire, procède à la constitution de l’équipe chargée de l’exploitation.

Yahya SIDIBE

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