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L'Afrique et la Déclaration Universelle des droits

Mercredi 25 Juillet 2012 - 16:9:41

L’Afrique et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 Décembre 1948

Les deux guerres mondiales ont fixé la conscience de la communauté internationale sur un certain nombre de réalités qui sont : Les horreurs et les atrocités qui demeurent inoubliables pour tous ceux qui y ont assisté. La reconnaissance de la dignité comme fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.


 Le respect effectif et universel des droits de l’homme comme fondement de la paix durable. Ces réalités ont été le dénominateur commun qui a conduit la communauté Internationale à repenser sa structure organisationnelle en créant l’Organisation des Nations Unies (ONU). 


Ainsi dès sa création en 1945, L’ONU qui est une organisation à vocation Universelle a entrepris l’élaboration de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui fut adoptée en 1948 « pour » 48 pays ont voté la Déclaration Universelle par l’Assemblée générale des Nations Unies le 10 Décembre 1948 à Paris.


 La première grande réunion de travail sur ce texte avait eu lieu à Lacke Success, près de New York, du 27 Janvier au 10 Février 1947. Abstention huit pays ont choisi l’abstention dont l’Afrique du Sud (et suivie en 1966 des deux pactes et d’un protocole facultatif.


 Ce sont ces 4 instruments qui constituent cette charte internationale des Droits de l’Homme. Dès son adoption la Déclaration Universelle des droits de l’Homme est proclamée comme étant « l’idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations ». Elle est composée d’un préambule et de 30 articles qui constituent sans aucun doute le catalogue de tous les droits auxquels tout individu du seul fait de son appartement à la communauté humaine, peut prétendre.


 Le préambule révèle la résolution des peuples représentés et leur foi dans les droits fondamentaux de l’Homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, tout comme dans l’égalité des hommes et des femmes et entre nations. Il précise que le but de l’ONU est de favoriser le progrès social et l’instauration de meilleures conditions dans une plus grande liberté.


Les articles de fond visent les droits civils et politiques (Art 3 à 21), les droits économiques, sociaux et culturels (Art 22 à 27). L’article 3 proclame le droit à la vie, le droit à la liberté et le droit à la sûreté de la personne. Les articles 22 et 27 reconnaissent parmi les droits économiques, sociaux et culturels, le droit au travail, à la sécurité sociale, au repos, aux loisirs, à la santé, au bien- être, à l’éducation, et celui de prendre part à la vie culturelles communautaire.


Les articles 28 à 30 reconnaissent le droit à ce que règne la paix sur le plan international, pour le développement des droits de l’homme. De même, que l’exercice de ces droits ne peut être restreint que par une loi et dans l’intérêt du respect des droits d’autrui. Enfin que nul ne peut utiliser la DUDH pour détruire les droits et libertés qu’elle contient.


Le droit à la vie est, selon l’expression du comité des droits de l’homme des Nations Unies, « le droit suprême de l’être humain ». Affirmer ce droit conduit donc tout naturellement à s’interroger sur ce qu’est la vie et, en particulier, à se demander si celle-ci doit être protégée à partir de la naissance ou dès la conception. Le droit à la liberté et à la sûreté, proclamé, lui aussi, par l’art 3, tend à protéger la liberté physique de la personne contre toute arrestation et détention arbitraires.


 Ce sont occupés une place centrale dans toute société démocratique. Au moment de l’adoption de la Déclaration Universelle des droits de l’homme (DUDH), deux pays d’Afrique seulement n’étaient pas sous administration européenne, et faisaient partie de l’ONU - l’Ethiopie et le Liberia impérial - le seul autre pays d’Afrique représenté à l’ONU était l’Afrique du Sud Apartheid qui s’était d’ailleurs abstenu l’or du vote de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme (DUDH).


 Dès lors, les droits reconnus dans la Déclaration Universelle des droits de l’Homme ont été complétés et mieux définis par l’ensemble de la communauté internationale dans les traités et conventions adoptés par l’ONU et sur le plan régional par l’organisation de l’Unité Africaine (l’OUA) devenu Union Africaine (UA).


Ont contribué à ce processus de nombreux pays autrefois colonisés en Afrique et ailleurs qui n’avaient pas eu auparavant la possibilité de s’exprimer sur la nature des droits et libertés. L’un de ces traités régionaux est la Charte Africaine des droits de l’Homme et des peuples qu’ont élaborés en 1981, les états africains regroupés au sein de l’OUA.


Le comité de rédaction de la charte s’est inspiré du principe qu’elle devait refléter la conception africaine des droits de l’Homme, prendre comme modèle la philosophie africaine du droit et répondre aux besoins de l’Afrique. Il est également reconnu la valeur des normes internationales relatives aux droits de l’Homme que beaucoup de pays d’Afrique s’étaient déjà engagés à respecter.


De ce fait la charte entreprend d’associer les besoins et valeurs spécifiques des cultures africaines avec des normes internationalement reconnues.  L’un des traits distinctifs de la Charte est qu’elle reconnaît les droits des peuples et notamment le droit à l’autodétermination. Ce qui s’expliquait aisément en 1981, époque où certains pays étaient encore colonisés.


L’Afrique coloniale et les droits de l’Homme

Les droits de l’Homme ont été une véritable révélation pour l’Afrique qui avait subi près de trois siècles d’humiliation due à la colonisation sous ses multiples formes. Cette colonisation était d’abord une occupation d’espaces géographiques, dit des possessions, des colonies ou des territoires. Elle était aussi politique dans la mesure où les populations étaient directement administrées et n’avaient pas de statut juridique déterminé.


A cet égard, il a fallu attendre la loi de 1916, pour voir les Africains dotés de statut de citoyen français, afin qu’ils puissent participer à la guerre qui se déroulait en France. Toutefois cette citoyenneté se limitait aux seuls habitants de quatre communes du Sénégal (Saint- louis, Rufisque, Dakar, Gorée). Elle était économique du fait que les ressources et autres richesses locales des colonies étaient propriétés exclusives de la puissance administrante qui en disposait à sa guise.


 Elle était enfin culturelle, car en imposant sa culture dans les colonies, le pouvoir colonial l’a qualifié de civilisatrice pour les Africains dont les langues étaient dites « vernaculaires ». Le sort des colonies évoluera considérablement avec la création de l’ONU dont la mission de maintient de la paix était fondée sur le respect effectif et universel des droits de l’Homme.


En marges de la Déclaration Universelle des droits de l’homme (DUDH), l’ONU avait une importante proclamation portant pour la première fois sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de leurs richesses.


 L’organisation mondiale demandera à l’occasion aux puissances coloniales de donner l’effet qu’elle mérite à cette proclamation, en conduisant leurs colonies et territoires vers l’indépendance et la souveraineté internationale dans un délai raisonnable. A l’effet d’appuyer les efforts de l’ONU dans la mise en œuvre de cette proclamation les dirigeants des colonies et territoires français, britanniques, espagnols ou portugais se réuniront à Bandung  (Indonésie) en avril 1955.


Cette réunion historique adoptera d’importantes résolutions qui demandaient aux puissances coloniales, de conduire dans l’ordre et la dignité, leurs possessions vers la souveraineté internationale. Les états africains indépendants et les droits de l’Homme. Le début de l’année 1960 fut marqué par des proclamations en séries d’indépendance en Afrique. Mais les états africains vont très vite être confrontés au problème du sous-développement.


Il faut savoir que la répartition des richesses mondiales est scandaleusement inégalitaire : en effet 70% des individus du globe qui vivent dans l’hémisphère Sud (Afrique, Asie, Amérique Latine) jouissent de 30% des richesses de la planète, tandis que 30% des êtres humains bénéficient de 70% des richesses de la terre.


 Le sous-développement est la règle, le développement est l’exception. Les politologues et sociologues ont souligné la coïncidence presque  absolue entre les « grandes zones d’industrialisation » et les « grandes zones de libéralisme politique » et entre les « zones de sous-développement économique » et les « zones d’autoritarisme ».


S’il n’est pas un facteur exclusif, le niveau de développement reste le facteur déterminant qui modèle généralement une société politique. Mais ce concept de niveau de développement doit être élargi au-delà de sa signification strictement économique. S’il est essentiel, le développement économique n’est pas tout le développement. Un système développé se définit par toutes sortes d’éléments : économiques, mais aussi extra-économiques (sociaux, culturels etc.)


 Dans cette perspective plus vaste, on peut soutenir sans conteste que le niveau de développement s’il ne détermine pas inéluctablement l’aspect politique d’une société, le conditionne pour une bonne part. Le niveau de développement délimite la marge, le cadre dans lequel pourra se mouvoir la spécificité, l’originalité du phénomène politique.


 En un mot, il pose les bornes de l’autonomie politique. Ce n’est donc pas un hasard si les pays de l’ex tiers-monde ont donc presque eu des systèmes autoritaires ou dictatoriaux (dans lesquels la défense de l’ordre public était la première priorité), car la démocratie requiert, pour se développer, certaines conditions politiques, économiques, sociales et culturelles qui font  défaut en Afrique.


La conception occidentalo-centriste des droits de l’Homme ne doit pas occulter les réalités du sous-développement. La décolonisation a créé un choc psychologique et politique. Elle a engendré l’illusion d’une mutation radicale des rapports économiques et sociaux. La longue marche vers l’indépendance a été tantôt pacifique, tantôt violente.


 Une fois obtenue, tout restait à construire : Un Etat moderne, une administration efficace, un système éducatif capable de former des cadres et d’alphabétiser rapidement la population. La modernisation de l’Etat et la fondation d’une Nation exigent un pouvoir politique fort, surtout dans un environnement hostile. La modernisation économique - la quête du développement-devient l’objet prioritaire des sociétés africaines qui   sont fascinées par le modèle occidental de la société de consommation.


 Mais les Etats nouveaux ont à affronter dans cette colossale entreprise des obstacles énormes : le handicap de l’explosion démographique, la résistance au changement de certaines classes sociales, les pesanteurs sociologiques (traditions culturelles, coutumes ancestrales les plus diverses, tribalisme), le poids des facteurs religieux, sans oublier le passé colonial et la dépendance économique de la « périphérie » sous-développée vis-à-vis du « centre » industrialisé.


 En plus de leur fragilité économique, les sociétés africaines sont instables politiquement (coup d’Etats, rivalités locales, guerres civiles, conflits frontaliers etc.) Tous ces facteurs expliquent que le sous-développement apparaît comme une cause fondamentale du non-respect des droits de l’Homme.


 Il en est ainsi des droits sociaux et économiques (droit au minimum vital, à l’éducation, à la santé, au travail), puisque le sous-développement est la privation des moyens de satisfaire ces besoins. L’exception de sous-développement était même très souvent annoncée par les Etats nouveaux pour justifier la suppression des droits civils et politiques les plus élémentaires tel que le droit à la vie.


 L’embrigadement des masses dans le parti unique interdit à l’opposition de s’exprimer, la militarisation du pouvoir exclut la liberté d’expression, et d’opinion ; la censure sur les médias est la règle. Ainsi, les Nations africaines prolétaires proclament hautement dans les textes constitutionnels leur attachement aux libertés fondamentales, mais sacrifient en fait les droits de l’Homme à la nécessité de la modernisation économique. L’environnement juridique est ici sans valeur. Ces violations flagrantes des droits de l’Homme sont également tributaires de certains contextes culturels.


La civilisation européenne fait de l’Homme le centre de toute chose : elle est rationaliste, individualiste, humaniste (doctrine qui affirme la valeur de la personne humaine et vise à l’épanouissement de celle-ci). Les civilisations africaines reposent sur des bases différentes. Elles sont plus collectives parce qu’elles conçoivent autrement les rapports entre individu et le groupe, entre l’Etat et la société, entre les gouvernements et les gouvernés.


De plus, certains pratiques africaines (mutilation génitale féminine ou excision, infibulation, l’ablation, les mariages forcés ou précoces,) ou Islamique (lapidation, amputation etc.) Sont en contradiction flagrante avec les instruments internationaux  relatifs aux droits de l’Homme. Ainsi la problématique des droits de l’Homme n’est pas posée ni conçue de la même façon dans les sociétés industrielles capitalistes (libertés formelles) et les sociétés africaines tiers-mondistes qui donnent la priorité au développement.



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Transmis par René EKE (Cotonou)
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