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Comment va le monde d'Aujourd'hui?

Mercredi 23 Novembre 2011 - 14:21:2

Comment  va le monde d'Aujourd'hui ?

La qualité de la vie en société ne se mesure pas seulement à coup de dollar, mais aussi de démocratie, de droits humains et de sécurité alimentaire pour tous. Elle suppose une prise en compte de l’environnement sans lequel il n’y aura pas d’avenir pour nos enfants.

Comment va le monde, il va bien mal. Et pourtant, de multiples raisons d’espérer existent. Car les transformations que connaît notre planète ne sont pas imposées à des populations impuissantes par une poignée de firmes transnationales et multinationales ou de financiers devenus  les nouveaux maîtres du monde.

Certes les logiques imposées par les plus grands Etats et par les organisations internationales qu’ils dominent ne sont pas celles qu’on pourrait souhaiter. Mais la mondialisation, puisqu’on désigne désormais sous ce mot les transformations du monde actuel, est aussi un phénomène culturel, économique et social qui nous amène à nous considérer toujours plus comme des citoyens du monde, solidaires les uns des autres.

Elle contribue ainsi à faire émerger les forces à même de lutter contre ses effets pervers. Elle nous fait prendre conscience de la nécessité d’imaginer des réponses collectives, négociées, à l’échelle de la planète, pour répondre aux problèmes communs dans des domaines aussi divers que l’environnement, la finance ou des droits sociaux ,culturels et économiques.

Le moment semble opportun, en cette première décennie d’un siècle neuf, de revenir sur un passé récent afin de mieux nous préparer pour les défis qui nous attendent. La décennie qui vient de s’écouler, et qui a commencé avec la chute du mur de Berlin, a été marquée par de profonds bouleversements politiques, sociaux, économiques et culturels.

Le mouvement de défense des droits humains s’est développé en force et en nombre. La conscience de l’importance de ces droits est sans  aucun doute plus  aiguë qu’elle ne l’a jamais été.

 Pourtant, l’existence d’une grande partie  de l’humanité est ravagée par la répression, la misère, la pauvreté absolue, le sida, les conflits armés etc. L’optimisme qui nous animait en 90 a fait place à des craintes tout à fait fondées et le militantisme en faveur des droits humains  est plus que jamais indispensable.

Mondialisation    

La fin de la guerre froide a été saluée par beaucoup comme l’annonce d’un nouvel ordre mondial porteur de liberté et de prospérité pour tous. Or, pour des millions d’êtres humains, la réalité s’est révélée bien différente.

 La mondialisation, caractérisée par une extension de l’économie de marché, la généralisation du pluralisme politique et le progrès technologique, s’est traduite par un enrichissement pour quelques uns par la déchéance et le désespoir pour le plus grand nombre.

Les grands groupes se sont peu à peu affranchis des Etats nationaux. Parallèlement à la concentration des richesses entre les mains des multinationales, on a assisté à la montée en puissance des institutions  économiques mondiales, tels le FMI, la BM ou OMC. Le monde n’est pas devenu pour autant un village global ou planétaire. L’essentiel de notre vie économique, sociale, culturel et politique se joue encore au niveau local, national ou régional.

 La mondialisation s’accompagne d’un cortège de dettes et de pauvreté. Dans plus de 80 pays, le revenu par habitant était inférieur en 2000 à ce qu’il était en 90. Au moins 1,3 milliard d’êtres humains tentent de survivre avec moins de un dollar par jour.

 La déréglementation, les privatisations et le démantèlement des appareils sociaux ont entraîné un accroissement des inégalités dans de nombreux pays notamment les pays du sud. Dans une grande partie du monde, la corruption s’est développé tout comme l’insécurité individuelle, sociale et politique.

L’intensification des violations de tous les droits humains, telle a été la conséquence prévisible et presque inévitable de cette augmentation de la pauvreté. Le mur de Berlin s’est sans doute écroulé, mais celui de la misère, de la pandémie du sida, de l’intolérance, des guerres civiles, le réchauffement climatique, et de l’hypocrisie reste solide.

Espoirs déçu

Contrairement aux attentes, la concentration internationale entamée au début de la décennie n’a guerre permis de lutter efficacement contre le saccage de la planète. Au moins connaît-on mieux les problèmes, sous la pression de plus en plus forte d’une opinion publique mondiale en train d’émerger.

A l’orée des années 90, le monde n’était pas au mieux de sa forme au terme de plus d’une décennie de crise et d’ajustement au niveau contexte économique et financier international.

 Le chômage prenait dans les pays du Nord les proportions d’un cataclysme, les pays du Sud semblaient ne pas pouvoir sortir d’un endettement qui les étranglait, la dégradation planétaire de l’environnement s’accélère et, partout, la pauvreté commençait à reconquérir les territoires qu’elle avait perdus au cours des décennies précédentes.

 Grands et petits pays se disaient en effet convaincus qu’il convenait de relancer rapidement le processus de concertation internationale, une fois levée l’hypothétique de la bipolarité du monde, qui avait gouverné les relations inter-états durant quarante ans. Les Nations Unies se voyaient investies d’une légitimité toute neuve.

 Elles se manifestaient alors sur tous les fronts, du maintien de la paix au lancement d’une réflexion globale sur l’état de la guerre du Golf, les Etats Unis eurent de nouveau besoin de l’ONU pour donner une onction internationale à leurs opérations de mise en place d’un ordre mondiale unipolaire l’exemple de la guerre sur "les armes de destruction massive "menée par les Etats Unies d’Amérique en Irak est toujours d’actualité.

Désillusions

Près de dix ans plus tard, les espoirs de naguère apparaissent comme autant d’illusions. Loin de se porter mieux, le monde irait plutôt plus mal, malgré le retour ici et là d’une croissance plus soutenue. Les « cent fleurs » de la démocratie n’ont pas donné les frits escomptés.

 Des guerres civiles ont succédé, dans bien des régions de l’ex-tiers monde, aux conflits Est-Ouest dont elles étaient le théâtre. Les miracles à éclipses de quelques pays Asiatiques ne peuvent masquer le creusement mondial des inégalités, et les stratégies de lutte contre la pauvreté mises en place pour rendre moins amère la potion de l’ajustement libéral n’ont eu pour l’heure que des résultats limités.

 Pire, les pas riches sont plus pingres que jamais : leur aide au développement n’a atteint, en 1996, que 0, 33% de leurs produit national brut (PNB) global, la proportion la plus faible depuis quarante-cinq ans. Quant aux plans de réduction de dette qu’ils proposent en échange, ils sont bien trop timides et assortis de conditions trop draconiennes pour sortir les pays surendettés de l’ornière.

 Ils n’y a donc pas de quoi pavoiser en attendant la fin du siècle. Nous sommes entrés dans une phase nouvelle de cette histoire qui n’a jamais de fin, une phase d’exacerbation des conflits armés et de montée de luttes sociales et politiques.

 La crise exacerbée déjà les contradictions au sein des blocs de classes dominantes rien ne garantit a priori que ces contradictions seront surmontées par des moyens démocratiques. D’une manière générale, les classes dominantes aux abois s’emploient à éviter que les peuples n’interviennent dans les débats, soit en manipulant les opinions (et sauvegardant aussi les apparences de la démocratie), soit en envisageant carrément le recours à la violence.

Un nouveau traitement des problèmes  

Cette communauté internationale s’est-elle toutefois penchée sur des sujets nouveaux ? De l’environnement à la population, de l’habitat aux droits humains, presque tous les thèmes ayant fait l’objet d’une conférence internationale dans les années 90 avaient déjà été abordés par les Nations Unies. Mais pas dans les mêmes termes.

 Entre 1992-96, le rythme accéléré des grands-messes de l’ONU a révélé la volonté de l’organisation de lier tous les sujets entre eux et de proposer, à l’aube de l’an 2000, l’esquisse d’une nouvelle façon de gérer la planète et de gouverner ses habitants. Le traitement même des problèmes s’est par ailleurs radicalement démarqué de ce qu’on en disait jadis.

 L’environnement, qui a inauguré en 1992 le cycle contemporain des grands sommets mondiaux, a donné lieu à une mobilisation internationale inimaginable quelques années auparavant et a contraint les Etats les moins disposés à le faire à reconnaître-même du bout des lèvres- que les modes de production et de consommations dominants risquaient de conduire l’humanité à sa perte.

Jamais comme en 1994 au Caire, la question de la rapidité de la croissance démographique n’avait été abordée en des termes aussi clairs et la condition féminine aussi étroitement associée à la problématique générale des droits humains. Cette formulation étant désormais préférée, sauf en France, à celle des droits humains.

Jamais en fin, depuis la naissance des Nations Unies, la question sociale n’avait fait une intrusion aussi fracassante dans les instances internationales : le sommet qui lui a été consacré en 1995 à Copenhague, premier du genre, a rassemblé plus de chefs d’Etat de la planète que l’on n’en avait vu de mémoire Onusienne.

Avec le thème de la condition féminine, la pauvreté a  traversé l’ensemble des débats internationaux des années 90. Hommage probable du vice à la vertu dans les deux cas car, jamais non plus, les résistances aux changements nécessaires n’ont été si marquées.

Reculs et avancées

C’est ainsi qu’à Copenhague, aucune décision d’aucune sorte n’a été prise pour stopper les processus actuels de paupérisation.

 Les tenants de la déréglementation destinée à faciliter la mise en concurrence générale des économies de la planète, l’ont emporté haut la main -Etats Unis d'Amérique en tête- sur les partisans de l’instauration de nouvelles régulations internationales, intégrant la contrainte environnementale et faisant du mieux-être social une priorité politique.

Il ne s’est agi en fait, que de trouver des palliatifs capables de désamorcer à moindre frais la bombe sociale qui risque – les décideurs du monde entier en sont conscients– d’explorer aux quatre coins du globe, avec les coûts économiques et politiques que l’on imagine.

L’indigence des résultats du sommet de Rome, consacré en Novembre 1996 à la question alimentaire, a confirmé l’impossibilité de remettre en cause certains intérêts dominants, au demeurant défendus avec force par l’écrasante majorité des syndicats agricoles occidentaux.

 Si les avancées juridiques sur les questions liées à la sauvegarde de l’environnement ont été moins décevantes, les blocages enregistrés ici ont réactualisé –comme en matière sociale – le conflit autour du primat contesté de l’économie et du court terme sur une gestion plus sage et plus équitable des ressources mondiales. 

Quant au thème des femmes et de la démographie, il a donné lieu à quelques – uns des débats les plus violents de ces dernières années. Le monde n’est pas resté pour autant en l’état. Au contraire, les évolutions n’ont jamais paru si rapides ni les mutations si profondes. Dans leur sillage ont surgi des préoccupations, des craintes et des aspirations nouvelles, portées par des acteurs naguère inconnus des instances officielles.

 Des thèmes longtemps marginalisés sont devenus les sujets principaux des conférences mondiales. Progressant sur tel problème, régressant ailleurs, l’humanité – pour paraphraser Marx – se pose-t-elle aujourd’hui des questions qu’elle peut résoudre ? Oui, puisqu’il semble que des solutions existent pour relever les défis auxquels elle est confrontée. La réponse est moins évidente quand on mesure les pesanteurs et les résistances apparus dans le même temps.

 La communauté internationale –qui comprend désormais, outre les Etats, le secteur privé transnational et les représentants de plus en plus disparates d’une société civile mondiale en voie de constitution - est aujourd’hui partagée entre une prise de conscience des problèmes, propice à la recherche de nouvelles régulations adaptées au monde actuel, et la soumission aux exigences du court terme, exacerbées par la révolution en cours des communications et par la déréglementation généralisée qu’elle facilite sous les auspices d’un libéralisme rajeuni et revigoré.

L’émergence d’une opinion publique mondiale

Il faut attribuer cette évolution au développement sans précédent, depuis le début des années 90, d’un mouvement associatif mondial aux multiples facettes. L’un de ces principaux mérites a été de bousculer le bel ordonnancement des négociations internationales en portant sur la place publique des questions jugées jusqu’ici explosives ou peu dignes d’intérêt.

Des catégories de l’opinion publique jusqu’ici contraintes au mutisme, comme les femmes, les représentants des sans -logis ou des sans- terre, la société civile en générale, ont fait irruption sur une scène mondiale qu’elles n’ont plus l’intention de quitter.

Cette émergence d’une opinion publique mondiale contribue à changer la donne dans la mesure où elle agit dans tous les domaines comme un contre-pouvoir : elle assure à l’échelle planétaire une fonction tribunitienne dont il semble désormais de la parole étatique, lui portant la contradiction dans des instances qui lui avaient été longtemps réservées.

On comprend dès lors que l’Etat se sente fragilisé, pris en tenaille qu’il est entre les réseaux économiques et financiers globalisés, un mouvement associatif mondial, l’urgence de la gestion supranationale d’un nombre de plus en plus grand de problèmes et l’émergence de nouvelles solidarités locales et régionales. Quelles doivent être ses missions et sa place sur le plan national comme sur le nouvel échiquier international ?

Si le débat reste ouvert, les partisans de la quasi liquidation de l’Etat cèdent du terrain face  aux défenseurs d’Etats aux missions rénovées, adaptés aux exigences d’un monde ouvert ; mais conservant leurs capacités de régulation politiquement proches de l’Islamisme, du Saint-Siège, de ses pays liges et d’un vaste mouvement associatif liés à la droite chrétienne, de prendre ses marques sur la scène mondiale.

 Quelles conclusions peut-on tirer de ces avancées, de ces reculs et de la façon dont le monde sait préparer à entrer dans le XXIe siècle ? Il semble d’abord évident qu’on ne peut plus cacher l’importance des défis qui l’attendent. Des informations de plus en plus fiables permettent d’en prendre la vraie mesure, de la dégradation de l’environnement au chiffre prévisible auquel se stabilisera la population mondiale.

 Contrairement à ce qu’une partie de la communauté scientifique affirmait à Rio, on en sait aujourd’hui suffisamment sur les conséquences les plus négatives des activités humaines pour pouvoir limiter les dégâts. En matière démographique, le spectre entretenu ici et là- d’une croissance illimitée des populations du Sud doit être remise au rayon des phantasmes.

Il ne sera pas pour autant facile d’accueillir les quatre milliards d’humains supplémentaires que la planète comptera bientôt, mais, du moins, l’humanité sait où elle va et peut réfléchir à la moins mauvaise façon d’y aller. Il n’existe plus, en outre, de sujets politiquement tabous : de la responsabilité de chacun dans la dégradation des écosystèmes aux victimes de toutes les violences, les causes les plus profondes des dysfonctionnements actuels des économies et des sociétés sont sujettes à débat.

Publié dans Sud  Quotidien du Mercredi 30 Novembre 2011

N°5557 page 11

 

Yahya  SIDIBE

Activiste,

Défenseur des droits de l’Homme,

 Membre d’Amnesty International

Président SOS Talibés

yayacounda@yahoo.fr


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