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Y-A-IL convergence ou divergence entre la traditio

Mardi 3 Mai 2011 - 13:53:29

Y-A-IL CONVERGENCES OU DIVERGENCES ENTRE LA TRADITION MUSULMANE ET LA DEFENSE DES DROITS DE L'HOMME ?

Dans l'univers de référence islamique, ce qui fonde la dignité de l'humain en Islam, est la transcendance. Concept central, et traduit le fait qu'il n'est qu'un Dieu Unique dont nulle représentation n'est possible. Les trois dimensions qui définissent l'Homme:
La responsabilité:
L’Homme est avant tout un être de devoir et trouve sa dignité et son humanité surtout dans sa capacité de prendre en charge ses responsabilités.

La raison : il ne faut nullement négliger la place prédominante de la raison dans la tradition musulmane.
Sa capacité à résister : l’Homme est un être de résistance envers soi avant tout, envers tout ce qui est injuste dans son environnement ensuite. Sa vie durant, il doit lutter contre ses défauts, contre ce qu’il y a de plus vil en lui, entre ses propres défaillances afin de se dépasser et de devenir meilleur. Ensuite, il a le devoir de résistance dans tout excès d’injustice, qu’il en soit directement victime ou non.

A l’heure où le sujet, plus de neuf ans après les attaques lancées le 11Septembre contre le pentagone et le World Trade Center au moyen d’avion civile détournés, qui ont entraîné la mort d’au moins 3000 personnes reste d’actualité s’y ajoute la »votation Suisse en faveur de l’interdiction des minarets dans la confédération helvétique ».
Le nouveau « attentat manqué » au moyen d’avion civile d’un jeune musulman de 23 ans de nationalité Nigériane présumé appartenir à Al QAïda: les doctrines continuent de s’affronter, il s’agit de comprendre les modes de pensée de chacun, tout en se rappelant que l’histoire des relations entre l’Islam et l’Occident n’a pas été uniquement des guerres et du repli sur soi.

Le Coran ou Qur’ân a fondé sa conception d’Ummah (ou nation) sur l’identité des pensées plutôt que sur celle de couleur de la peau, de langue, d’ethnie ou d’habitat. En d’autre termes, c’est le choix de l’individu, et non pas l’accident de la naissance, qui fait l’union chez les musulmans. L’égalité de l’Homme et la supériorité des Hommes pieux voilà la formule du Coran ou Qur’anique : » Ho ! Les gens ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle et nous vous avons désignés en nations et tribus ».

Pour parvenir à la réforme de la société, il fallait organiser un système d’éducation le Prophète de l’Islam Muhammad (PSL) ne cessait de dire :» Dieu m’a envoyé comme un m’allim (instituteur) Ibn Mâjah, Muqaddimah 817, N°229. Le Coran ou Qur’ân y revient aussi, et précise à plusieurs reprises la mission du Prophète Muhammad (PSL) comme un travail d’enseignement ( YU’ allim) (par exemple
Q. 2 :19).
Certes, cet enseignement signifie l’Islam ; mais comme l’Islam n’est autre chose que le code de la vie dans tous ses aspects, matériels aussi bien que spirituels, on ne peut pas caractériser son effort comme purement spirituel. Il faut sans cesse garder esprit ce qui constitue l’univers de références des musulmans et leur conception de l’Homme tels que je les ai expliqués.

Les musulmans sont avant tout des êtres de foi, appartenant à une spiritualité spécifique qu’il faut prendre en compte afin de bien cerner et leurs ambitions, notamment en termes de droits humains, puisque c’est ce qui fait l’objet de cette contribution. Garder activement à l’esprit la réalité de l’autre, son histoire, ses valeurs permet de pouvoir agir avec une maturité et un recul réels sur des évènements qui pourraient précipiter l’action. Les musulmans et la Déclaration Universel des droits de l’homme du 10 Décembre 1948 et la tradition religieuse musulmane a trouvé sur son chemin certaines divergences.

Le premier s’incarne dans la méfiance qui existe aujourd’hui dans le monde musulman vis-à-vis de la faculté rationnelle. La raison de cette méfiance puise ses racines dans le rapport qui existe entre l’occident et le monde musulman en général, rapport qu’on peut qualifier de domination. Depuis des siècles, les musulmans ont été dominés par l’occident dans plusieurs domaines. Tout ce qui est produit par une rationalité serait au regard des musulmans occidentalisé ; utiliser sa raison reviendrait à entrer dans la logique occidentale et donc de façon biaisée s’occidentaliser.

Dans ce sens, l’aliénation de l’esprit serait réelle. La faculté rationnelle serait donc colonisée de l’intérieur et le musulman ne pourrait ainsi plus réfléchir de façon autonome, mais calquerait le schéma de réflexion occidental sur sa faculté rationnelle. Cette conception est réelle et très prégnante dans certains mouvements islamiques depuis le XIIIe siècle. Lutter contre cette colonisation des intelligences en se réfugiant derrière la révélation et derrière des règles strictes dans le but de se préserver, telle est devenue la solution de certains courants distinctifs chez les musulmans.

La lecture des sources se veut figée, la vision du monde renfermée. Mais ce courant est et reste un parmi tant d’autres. Il convient de mettre en évidence le danger d’une perception qui se fasse dans la binarité avec les »gentils » musulmans modérés d’un côté et les méchants intégristes de l’autre. Parmi les leçons des attentats du 11 Septembre 2001 contre le Pentagone et le World Trade Center, nous avons retenu que la communauté musulmane dans son ensemble ne se partage pas uniquement entre deux pensées, entre deux visions, loin s’en faut.

Il existe d’ailleurs au niveau de la lecture des textes plus de six types différents. Pour être à même de déterminer une véritable compréhension des droits humains selon l’Islam, il faut entrer en contact avec des types de lectures beaucoup plus subtils, loin des simplifications extrêmes que l’on a tendance à privilégier, ce qui revient à être un monologue car on impose à l’autre un mode de présentation de soi et on veut le calquer à la vision dite usuelle que l’on retrouve en occident. Combien de fois n’a-t-on pas vu
les musulmans s’interroger sur leur sentiment et leur vision de la démocratie, de la sécuralisation, de la femme et de l’occident et se voir applaudir s’ils soutenaient sans conditions, mais aussi être critiqués voire rejetés dès qu’ils tentaient de faire une critique du mode de vie ou des institutions occidentales.

 Le décentrage est déterminant au niveau du dialogue et on ne peut se permettre de poser des questions à partir de nos références et exiger une réponse qui soit en totale conformité avec nos points de vue. Il nous faut dépasser cela et aller plus loin dans la nature du dialogue, comprendre les spécificités référentielles, les analyses contextuelles de l’autre à partir de là où il vit et non à partir de là où nous vivons.

CE QUE VEUT REELEMENT DIRE LE TERME SHARI’A
Nous avons aujourd’hui par rapport à l’Islam un problème de terminologie il faut de ce point de vue densifier sa connaissance du registre de référence des musulmans. Les lacunes sont réelles et propices à des dérives certaines. Le premier mot que j’évoquerai est celui de la Shari’a. Il m’est arrivée de voir, même dans les textes de certaines organisations de défense des droits humains que la Shari’a se définit comme une codification restrictive qui autorise à couper la main aux voleurs, à lapider les femmes adultères, etc. Vision pour moins réductrice et qui ne définit nullement le terme Shari’a.

Alors que les musulmans conçoivent la Shari’a comme un concept clé de leur construction intellectuelle, certains le dénoncent comme une application littérale d’une loi rétrograde. La Shari’a est loin d’être le simple fait de ce qui se passe en Arabie Saoudite ou comme on a pu le voir récemment au Nigeria. Si le terme porte en lui un aspect de codification, il a une vocation et une définition bien plus importante. La Shari’a est avant tout la voie de la fidélité, la voie qui ramène à la source et qui nous fait rappeler le sens du chemin de la vie, en conformité avec des principes établis par Dieu.

Elle intègre les valeurs essentielles de justice, d’égalité, de droit, etc. Il faut s’armer d’une profonde connaissance pointue de la terminologie et mettre en évidence ce que l’on veut réellement dire quand on utilise certains termes comme celui de jihad. On utilise le plus souvent le terme jihad à tort et à raison pour qualifier la guerre sainte, car il s’agit là d’une trahison du terme. On ne peut se permettre de simplifier les traductions tout en retirant le sens du terme. Il est parfois bon de passer par une complexification des explications pour pouvoir rester en totale fidélité avec les définitions.

ECOLES ET VISION DE L’ISLAM
Il n’existe pas une seule grille de lecture dans la tradition musulmane. Les mouvements sont multiples et vivent l’Islam en fonction de références historiques et analytiques qui leur sont propres. Parmi eux se trouve l’école dite traditionnaliste qui fait une lecture des sources dans laquelle la raison n’a pas sa place. Pour cette école, des savants nous ont précédés et ont fait une analyse des textes qui n’est ni à remettre en cause ni à modifier. L’apport en terme de droit de la part de savants tels les fondateurs des quatre écoles traditionnelles (malékine de l’Imam Malick ibn Anas), hanafite (d’Abû Hanifa), Shafiite (de Shâfi’i) et hambalite (de Ahmad ibn Hanbal) doit être appliqué à la lettre sans chercher à adapter l’esprit de leur lecture à la réalité de notre contexte.

On retrouve cette lecture traditionnaliste dans bon nombre de pays en Inde ou en Afrique du Nord. Ensuite, il existe une lecture dite littéraliste, personnalisée à travers ceux qu’on a appelé les Salafis ou Salafs. Eux privilégient la source même, mais se contentent d’une application littérale, sans marge interprétative et sans intervention de la raison dans la lecture du Texte. Ce que Dieu dit doit être appliquée à la lettre, sans interprétation ni mise en perspective aucune.

Ce courant de pensée se retrouve notamment en Arabie Souadite, chez les Whhabites mais se trouve curieusement accepté de la part des gouvernements occidentaux notamment américains malgré leur extrémisme et leurs exactions. Richesse et pouvoir pétrolier obligent. S’ils sont appelés Wahhabites, cela est dû au fait qu’ils appartiennent au Wahhabisme, mouvement de pensée établi par Muhammad ibn’Abd Al-Wahahab au XVIIIe Siècle. Néanmoins, la lecture est erronée car si Abdal-Whhab était certes exigent, il ne répondait de la sorte qu’à une exigence du contexte dans lequel la religion était bafouée et annihilée par des hérésies.

Ainsi, il n’était nullement littéraliste mais tentait plutôt de lire les références en fonction d’un contexte qui exigeait un retour aux sources plus important. Enfin, la troisième lecture est l’école réformiste consiste à privilégier l’objectif dans la lecture du Texte. Qu’est-ce que Dieu a voulu exprimer à travers ce verset ? On retrouve l’épanouissement de cette école dès les premiers savants de la tradition musulmane, mais surtout vers le Xe siècle en Andalousie avec pour tête de file l’imam Ash-Shâtibi, malheureusement pratiquement ignoré de la conscience intellectuelle européenne, ce qui peut paraître étonnante.

Selon lui, toute la compréhension de la Sharî’a avant de se faire dans la littéralité du verbe, se perçoit dans l’objectif de la justice qui produirait concrètement de l’injustice serait contraire au texte.

Cela change fondamentalement tout le rapport que peut avoir au texte et au contexte. Il est à noter que la présence des musulmans sur le sol européen ne date pas de ce siècle et que leur apport intellectuel et scientifique est impressionnant dès lors que l’on s’attache à son étude. L’Islam a fait partie de l’Europe depuis des siècles et a largement contribué à son édification et à ce qu’elle est aujourd’hui. On est en droit d’être quelque peu troublée de cette mémoire sélective et de se demander comment on peut respecter une civilisation si l’on fait preuve d’amnésie envers l’histoire de la construction intellectuelle et scientifique de l’Europe ?

On ne peut respecter le présent si l’on ignore le passé. Dès la génération suivante le Prophète Muhammad, (PSL) le Calif ‘Umar ibn Al-Khattab a levé la loi punissant le vol car il y avait pénurie dans la société et dès lors, couper la main à un voleur serait injuste, étant donné que le pouvoir ne pouvait plus subvenir aux besoins de la société pendant un temps donné. Une tradition de l’Islam rapporte qu’un jour, le Prophète Muhammad (PSL) demande à un groupe de se rendre dans telle région mais de ne faire la prière de l’après-midi qu’une fois arrivé là-bas.

 Or, l’heure de la prière arrivait et ils n’étaient toujours pas arrivés. Le groupe se divise alors entre ceux qui voulaient appliquer l’injection du Prophète Muhammad (PSL) à la lecture c’est-à-dire les littéralistes-et ceux qui affirmaient que ce dernier ne faisait que leur demander de se dépêcher à travers cet ordre-qui ont fait preuve d’interprétation, c’est-à-
dire les réformistes. Certains ont donc prié sur la route alors que d’autres ont attendu d’arriver.

De retour à Médine, ils se rendirent chez le Prophète Muhammad (PSL) pour savoir lequel les deux groupes avaient raison mais celui-ci donna raison aux deux groupes pour leur signifier que les deux lectures de l’injonction étaient valables. De la sorte, le Prophète admettait une lecture littéraliste et une lecture interprétative, donc réformiste. Mais il faut retenir que parmi les leçons de cette anecdote, s’impose le fait que chaque groupe respecte l’autre, qu’il ne l’a pas condamné et que les musulmans ont accepté et respecté la diversité de l’autre, tant que ce dernier ne cherchait pas à imposer son point de vue, et le Prophète Muhammad (PSL) a donné son accord à cela, mieux, il a été dans ce sens.

Une lecture Strictement Politique
Il reste encore une école minoritaire, mais très spectaculaire et médiatique : c’est une lecture strictement politique, en rapport avec le pouvoir, qui s’attache à extraire du Coran ou Qur’ân tout ce qui concerne le pouvoir. Certes, en tant que partisan de l’école réformiste, je m’attache à des projets de réformes sociales, mais celle-ci n’est pas en en quête du pouvoir politique. On a pu voir dans de nombreux pays des hommes intéressés et corrompus faire mine de s’intéresser aux préoccupations du Peuple et de la société, et aboutir à une mainmise exclusive sur le pouvoir politique.

Je partage intimement l’idée que les convictions religieuses pouvaient être un formidable catalyseur de transformations sociales. Le but à travers une telle vision, n’est certainement pas le pouvoir mais réellement la justice sociale qui incarne le travail de base. Il convient donc de faire la différence entre une lecture orientée exclusivement vers la façon de tenir l’état, et une autre orientée vers la transformation de la société par un travail éducatif.

La posture politique, cela dit, n’est pas forcément la politique du seul pouvoir. Elle peut être la politique d’une certaine conscience sociale. Ainsi, ce mouvement tend à ne s’intéresser qu’à la prise du pouvoir et à une mise en place d’un » état islamique », tout en se demandant ce que peut être réellement un état islamique, au vu et su de tout ce qu’on a pu dire préalablement. Si ce mouvement est très minoritaire, il fait pourtant largement parler de lui, étant donné la situation internationale.

Les talibans font partie de ce mouvement, même si, à l’origine, ils n’étaient que des traditionalistes. Les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite, via le Pakistan, ont utilisé cette frange religieuse dans le but d’obtenir le pouvoir en Afghanistan et l’ont aidée à prendre le pouvoir. Il y a donc là une utilisation effective d’un traditionalisme à des fins de pouvoir, et il nous faut prendre conscience de ce jeu, surtout lorsqu’on milite au niveau des questions internationales.

LA QUESTION DE LA PEINE DE MORT
Puis restent et c’est évident, des questions extrêmement sensibles qui font débat comme la question de la peine de mort qui est explicitement formulée dans le Caran. Jamais vous ne pourrez entendre de la part d’un musulman qu’elle n’existe pas dans les Textes, mais face à la littéralité du verset, nous ne pouvons faire à l’économie de la convocation du contexte, surtout lorsqu’il s’agit de la vie qui est sacrée aux yeux de Dieu et des musulmans. Certes, la peine de mort existe en Islam mais elle requiert des conditions sociales, politiques, économiques, culturels, qui font qu’elle se cantonne à des règles extrêmement strictes en matière d’application.

Si nous prenoms des exemples où la peine de mort existe ou est pratiquée comme les USA, le Nigeria, ou en Arabie Saoudite, je peux dire qu’en tant que musulman, cette peine de mort est totalement et strictement réprouvée par l’Islam car son application est injuste et qu’elle ne se fonde pas du tout sur des principes et sur une situation appropriée. Qu’aucun ne pense que, l’argument en faveur de la peine de mort repose sur l’affirmation selon laquelle les exécutions répondent à des besoins importants de la société qui ne pourraient être satisfaits autrement.

Que les exécutions aient lieu en public ou loin des regards, à l’intérieure des prisons, l’argument invoqué et que la peine de mort est nécessaire au bien de la société, au moins à titre de mesure provisoire. Cet argument comporte deux failles. D’une part il ne peut en aucun ca justifier la violation des droits fondamentaux de l’Homme. Il est impossible de justifier la torture en prétendant qu’elle peut se révéler utile dans certaines situations.

Le droit international stipule que les châtiments cruels, inhumains ou dégradants sont interdits en toutes circonstances, même dans les situations les plus critiques. D’autre part, malgré des siècles d’application de la peine de mort et de nombreuses études scientifiques sur le rapport entre ce châtiment et le taux de criminalité, aucun élément probant ne permet de dire qu’il soit seul apte à protéger la société contre le crime ou à répondre aux exigences de la justice.

Il a plutôt, à bien des égards, un effet contraire. Les gouvernements peuvent commettre d’acte plus grave que celui d’ôter la vie. Lorsqu’un Etat exécute des individus en prétendant que ces exécutions sont nécessaires et salutaires, il doit disposer des preuves ne laissant aucune place au doute, et non pas d’éléments purement spéculatifs.

LE DROITS DE CHACUN A CHANGER DE RELIGION
Un des autres aspects qui pose problème dans la conception des droits, est le droit de chacun à changer de religion. On entend beaucoup le fait que les musulmans ne peuvent pas changer de religion, sans rendre le risque d’encourir la peine de mort. Je ne dirai pas que ces textes n’existent pas mais je ferai plutôt une critique des textes dans leur authentification, dès le VIIIe Siècle, Abu Sufyan Thawri a affirmé que jamais de la vie le Prophète de l’Islam Muhammad (PSL) n’a condamné un homme à, la peine de mort pour être sorti de l’Islam.
Les seules sanctions prises à ce niveau se faisaient lorsqu’il quittait le camp musulman pour aller vendre des informations à l’ennemi. En fait, les sanctions étaient d’avantage liées à des faits de guerres, à une trahison qu’à un changement de religion. Donc Abu Sufyan Twawri dès cette époque portait une analyse sur une injonction religieuse et l’interprétait en fonction des éléments qu’ils
possédaient. La conscience critique doit être continuellement en marche dans le domaine du droit.

SE DECENTRER POUR MIEUX COMPRENDRE
Donc, les lecteurs sont diverses et chacune d’elles porte sa part d’entendement et d’analyse. Mais chacun d’entre nous doit pouvoir chercher les alliés objectifs qui permettent de nous décentrer dans le but de travailler en commun. Toute personne qui pénètre dans l’ordre du droit et qui porte un discours allant dans le sens réel d’une compréhension mutuelle fait partie de ces alliés objectifs. Le décentrage permet d’apercevoir l’aspect pluriel de l’Islam dans ses applications sociales, politiques, économiques et culturel.

Trouver ces interlocuteurs capables de parler de l’intérieur en saisissant l’extérieur reste le meilleur moyen de pouvoir créer des points de dialogue solides. L’un des autres obstacles se nourrit dans le rapport à l’occident qui s’impose comme culturel dominante. Comme on a pu le dire plus haut, tous les instruments des droits humains sont perçus comme appartenant à la culture occidentale dominante et comme utilisés en fonction de la bonne volonté du pouvoir à géométrie variable, ce qui a pu de nombreuses fois discréditer les droits humains eux-mêmes.

Finalement, il y a droits humains qui sont manipulés en fonction de besoins qui nous dépassent et qui finalement peuvent nous nuire. Cette vision existe dans les pays musulmans, même si ce n’est pas leur spécificité puisque je dirai que tous les pays pauvres, les pays du sud portant une analyse semblable. Et nous savons que les éléments du 11 septembre 2001 ont pu contribuer à l’approfondissement d’un fossé entre les pays du Sud et les pays Occidentaux et que même si nous ne souhaitons pas arriver à un clash de civilisations, certains pays possèdent tous les ingrédients pouvant favoriser ce clash.

En somme de représentations existent, qu’elles soient légitimées par le contexte de la situation internationale ou non il est nécessaire de redonner confiance à des valeurs communes, au droit et à la justice, à la compréhension des droits humains.

 Le droit prime mais …la religion jamais ne s’utilise à des fins oppressives. En Islam, le droit prime mais le doute appelle à la conscience critique et à la recherche du bien, continuellement. Que ce soit en Arabie Saoudite, en Indonésie, au Nigéria et dans d’autres contrées du monde où l’on met en avant la loi Islamique pour réprimer un Peuple qui vit dans la pauvreté, la misère totale, l’analphabétisme et sous la contrainte, nous ne pouvons accepter ces états de faits.

Il est déterminant dans le monde musulman aujourd’hui, de livrer un véritable combat pour l’éducation à la lecture des textes et à la compréhension des droits et devoirs, et ça commencera pour les défenseurs des droits humains avec leur capacité à entrer en communication avec leurs concitoyens de confession musulmane ici et dans les pays musulmans, avec des hommes et des femmes qui les interpellent et leurs parlent à partir de références.

Et il revient à tout militant des droits humains de faire preuve d’une exigence extrême dans le dialogue, de chercher par tous les moyens à comprendre l’autre, en entrant dans son univers de référence, pour savoir d’où il parle. Regarder l’autre avec ses propres yeux résume superficiellement sa connaissance.
On ne peut connaître l’autre qu’à la lumière de ce qu’il est réellement, profondément, au-delà de notre propre vision. Je voudrai ajouter combien il est important de faire preuve de nuance dans nos études, et aussi combien il nous faut être clairs.

L’amalgame se situe dans toutes les analyses, et il s’immisce dans toutes nos conceptions quelquefois sans que l’on puisse s’en rendre compte. Faire la distinction entre un Etat oppresseur et tyrannique et l’Isla
m prouve qu’on a su comprendre qu’entre la réalité d’une situation et la profondeur des références, il y a l’interprétation humaine qui agit, qu’elle soit positive ou négative.

LES VALEURS COMMUNES
J’aimerai conclure par la vision des droits humains telle qu’elle est perçue par la tradition musulmane. Nous savons que l’Homme est fondamentalement un être de responsabilité et qu’il doit prendre en charge son humanité pour la faire vivre et lui donner sens. Le respect de la vie, l’intégrité, le sens des valeurs et du droit, la justice, la liberté de conscience, d’opinion et d’expression font partie intégrante de la conception des droits humains et nous nous trouvons à ce niveau sur un territoire commun qu’il convient de mettre en évidence comme étant des dimensions importantes.
  Vous pouvez trouver cet article dans  le quotidien
 Le Matin
du vendredi 28, samedi 29 et
 Dimanche 30 Novembre 2003
Yahya
SIDIBE Defenseur des droits de l'Homme -  membre d'Amnesty International
Président
SOS TALIBES

Commentaires

Votre commentaire
Nassirou Vendredi 6 Mai 2011 - 19:10:7

Joli travail

Un écrit aussi dense sur la Shari’a serait intéressant mais n’oublie pas que les gens s’intéressent plus aux défauts qu’aux atouts ou potentialités en toute chose.

Dans les deux sens, le souci reste d’avoir un monde meilleur où une garantie des droits humains est une évidence.

Tes écrits m’inspirent aussi sur le point suivant : la société actuelle voit une manifestation donnée de la Shari’a. Doit-elle se taire ? N’y a-t-il rien à faire pour l’unanimisme les opinions autour de cette ‘‘loi’’ ?

Aussi une autre question me trotte dans la tête et là tu me donnes l’occasion d’en parler : doit-on évoluer avec le monde et laisser nos coutumes à l’état initial ou il faut les améliorer/actualiser dans les mesures du possible avec le temps ?.
Nassirou Vendredi 6 Mai 2011 - 18:3:23

Congrat Yahya

Jolie artcicle.

Le début m'a bien plu. Je reviendrai avec un commentaire sur le fond dès que je finis la lecture complète.

Rassure la thématique est très bonne et très intéressante. je ferai suivre le lien à des amis.

A +.
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