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L'Action Sociale, est -elle un véritable Instrume

Mercredi 27 Avril 2011 - 17:13:45

L'ACTION SOCIALE, EST – ELLE


UN VERITABLE INSTRUMENT DE


LUTTE CONTRE LA PAUVRETE ?

 

Au début des années soixante dix, le Sénégal a enregistré des dérèglements climatiques importants, avec un cycle de grandes sécheresses qui va toucher l'ensemble de l'écosystème. C'est à ce moment là qu'apparaissent les premiers signes de la paupérisation en milieu rural.

Le monde paysan est très durement atteint par ces phénomènes incontrôlables. Commence un processus d'exode rural vers les centres urbains, à la recherche d'une activité génératrice de revenus, à même de venir en appoint aux faibles revenus paysans, voire de se substituer aux revenus traditionnels.

Les différents chocs pétroliers qui se sont succédés durant la décennies quatre-vingt, sont venus renforcer  cet état de fait, en introduisant la paupérisation en milieu urbain, frappant, sans discernement, ceux qui étaient venus des campagnes, très vulnérables, mais atteignant aussi, une partie de la classe moyenne, jusque là épargnée.

 Or cette classe moyenne était, bien souvent, très engagée dans un mouvement naturel de solidarité envers ceux qui étaient restés dans les campagnes et ceux qui en étaient venus.

Les politiques d'ajustement structurel menées à partir des années quatre-vingt et leur renforcement durant les années quatre-vingt-dix, ont rendu très difficiles les mouvements naturels de solidarité entre concitoyens. L'état, puis, avec la décentralisation, les collectivités locales, ont dû prendre en charge la paupérisation et mettre en œuvre de véritables politiques de lutte contre la pauvreté, de redistribution de la richesse nationale.

 Il a fallu qu'ils apportent à ces catégories de la population, rendues vulnérables par la crise économique, l'aide dont elles avaient besoin pour faire face aux aléas de la vie. C'est ainsi que l'action sociale est devenue un des instruments de la lutte contre la pauvreté, aux côtés de la protection sociale et du système de santé publique.

Mais force est de constater que si la lutte continue, la progression de la pauvreté est indéniable. Ses manifestations sont quotidiennes et chaque jour plus dégradantes pour ceux qui la subissent.

Aussi, les instruments mis en place ne doivent plus être, uniquement, des instruments de lutte contre la pauvreté, mais des leviers de sortie de la pauvreté. Dans ce cadre, certains secteurs de l'action sociale pourraient être repensés ou réanimés. Il suffit sans doute d'une volonté politique mieux affirmée.

L'action sociale: un instrument de lutte contre la pauvreté

Les manifestations les plus fréquentes de la pauvreté, celles auxquelles on pense en premier, sont celles que nous présentent les enfants  talibés, les enfants de la rue et les personnes vivants avec un handicape qui mendient dans la rue. Elles ne sont pas les seules.

 De nombreuses familles soufrent de n'avoir pas le minimum vital, parce qu'elles ont été  victimes d'une catastrophe naturelle, parce que le soutien de famille a perdu son emploi, parce qu'il est devenu invalide ou qu'il est décédé.

De nombreux retraités, plus ou moins âgés, vivent dans la précarité en raison de la modicité de leur pension de retraite, et du fait que malgré cela, ils demeurent soutiens de famille.

 Ces différentes catégories de pauvres, l'action sociale les prend en charge au travers des interventions de la direction de l'action sociale et, au niveau local, des centres de promotion et de réinsertion sociale.

Ainsi, des facilités sont offertes aux personnes démunies, déshéritées, que l'on appelle aussi des indigents, pour accéder aux soins de santé primaire et plus généralement aux services sociaux. Des vivres sont parfois distribués en cas de catastrophes naturelles. Après la Tabaski, des carcasses de moutons, en provenance de l'Arabie Saoudite, sont également réparties sur l'ensemble du territoire entre les familles dans le besoin.

De leur côté, les personnes âgées, qui bénéficient de l'aide évoquée ci-dessus, peuvent bénéficier de certains avantages fiscaux, sur leurs indemnités de départ à la retraite ou sur les impôts, notamment fonciers qu'elles sont amenées à payer.

Les enfants déshérités, encore appelé »enfants talibés ou enfants de la rue», sont soutenus dans le cadre des écoles coraniques «daaras», des établissements spécialisés dans l'accueil des orphelins, voire, quand ils sont plus âgés, dans certains établissements de formation professionnelle. Ils y acquièrent un métier.

Les handicapés, enfin, sont aussi pris en charge par l'action sociale qui leur fournit des appareillages et tente de les insérer dans des circuits socioprofessionnels, leur permettant d'avoir des revenus. Tous ces exemples montrent bien que l'action sociale s'attèle à lutter contre la pauvreté et constitue un instrument nécessaire et même indispensable.

Mais, force est de reconnaître que les résultats restent insignifiants par rapport à l'ampleur de la tâche. L'aide apportée aux familles déshéritées ne demeure qu'un soutien, parfois ponctuel, mais en aucun cas un revenu fixe et stable permettant de quitter le seuil de la pauvreté.

Les avantages apportés aux personnes âgées, lorsqu'ils sont connus d'elles et que donc, elles  les revendiquent, ne sont pas toujours adaptés en ce sens qu'ils sont ponctuels - lorsqu'ils touchent à l'indemnité de départ à la retraite - ou encore, parce que ces personnes sortent parfois des catégories ciblées- la personne âgée qui possède une maison dont la valeur locative est supérieure à 75 000 FCFA ou celle qui n'a pas eu la chance d'avoir une maison et qui est soumise à la location.

Elles aussi ne peuvent donc quitter le seuil de la pauvreté.

Le nombre d'enfants et de handicapés que l'on rencontre dans les rues de la capitale montrent également que les actions menées en direction de ces catégories de personnes sont loin d'avoir atteints toutes les cibles. Pour beaucoup de handicapés, l'accès à l'appareillage, même à des conditions en incitent beaucoup à rester dans leur situation.

A ces faiblesses de l'action sociale qui font que, certes, elle permet de lutter contre la pauvreté, mais pas d'en sortir, il s'y ajoute l'apparition d'une nouvelle forme de pauvreté, plus discrète, car bien souvent cachée, mais tout aussi rampante.

De plus en plus de cadres, hommes et femmes, frappés par la crise, vous abordent, en toute discrétion, qui, à la sortie de la banque, qui, à la sortie de l'épicerie, ou, dans certains quartiers dits cossus, sonnent aux portes, pour exposer un souci de dépense quotidienne ou un règlement d'ordonnance impossible à satisfaire.

Des enquêtes menées au Sénégal sur la prostitution, montrent que certaines prostituées, en sont arrivées à cette situation, pour nourrir leur famille, des filles mères notamment.

 Dans certaines familles où la jeune fille de la maison contribue à la dépense quotidienne sans avoir de revenus connus, on ferme souvent les yeux pour ne pas s'entendre dire la provenance de ces revenus.

Des exemples de cette nouvelle forme de pauvreté et de ses conséquences sociales et culturels pourraient être multipliés en évoquant le cas des toxicomanes, des chômeurs, des malades mentaux et autres exclus de la société.

Tous ces cas montrent que si l'action sociale joue un rôle irremplaçable au sien de la société, il demeure  limité, car il permet juste, à ceux qui en bénéficient de l'action sociale, puissent un jour ne plus en avoir besoin, pour leur propre dignité d'abord, parce que d'autres, nouveaux venus dans la  pauvreté, ont aussi besoin des bienfaits limités de l'action sociale.

Pour cela, il faudrait que l'action sociale puisse devenir un instrument d'éradication de la pauvreté, au sein de ces catégories sociales.

L'action sociale: un instrument d'éradication de la pauvreté

Il est évident qu'une telle ambition pour le Sénégal, ne peut se concrétiser que dans un cadre macroéconomique assaini, dans une économie redressée qui autorise des taux de croissance capables de supporter une véritable politique d'action sociale.

Car pour que l'action sociale devienne un instrument d'éradication de la pauvreté dans certaines familles, chez les personnes âgées, chez les enfants talibés ou enfants de la rue, les handicapés, il faut en premier lieu que l'Etat investisse plus conséquemment dans l'action sociale qu'il ne le fait actuellement.

L'effort de solidarité nationale, l'impératif de redistribution doit être ressenti dans les budgets alloués à la direction de l'action sociale. Sans ce préalable, le rôle de l'action sociale demeurera un rôle de saupoudrage pour se donner bonne conscience, car l'impact ne pourra jamais atteindre toutes les populations cibles qui ont le droit d'être assisté, sur tout le territoire national.

Et c'est là une deuxième mutation que doit faire l'action sociale, c'est renforcer sa délocalisation afin de toucher plus de populations et cela en faisant abstraction de toute considération politique, voire politicienne, dans le cadre des actions menées. Il a trop souvent été possible de rattacher la localisation d'une action sociale d'envergure à une personnalité politique importante.

Une autre orientation que l'action sociale doit prendre  en compte c'est l'aspect culturel. En effet, bien des efforts pour lutter contre la pauvreté et à plus forte raison, pour l'éradiquer dans certaines catégories de la population, seront éternellement vains si certaines pratiques ne sont pas abandonnées.

Ainsi, tant que la société, dans ses éléments les plus traditionnels, ne comprendra pas que la petite fille doit faire ses devoirs en rentrant de l'école et non s'occuper des tâches ménagères, le petit talibé mendiant  doit rester dans  son « daara » apprendre au lieu d'être dans la rue mendier en longueur de journée, la déperdition scolaire de ces enfants ne décroîtra pas malgré  la contribution  volontaire des bonnes volontés.

Tant que la femme n'aura pas trouvé, dans la société, la même place et les mêmes droits que l'homme, elle ne pourra pas se prendre en charge et sera toujours une cible vulnérable. Tant que l'enfant talibé mendiant ressentira, légitimement, de l'exclusion dans le regard de l'autre, il demeurera toujours au seuil de la pauvreté, idem pour une personne vivant avec un handicape mendiant de surcroit, car aux portes de la société.

A cet égard, le fait que la presse nationale, parle avec tant d'émotion d'un élève sourd muet qui a eu son bac et qui, en raison de cet exploit a obtenu une bourse spéciale pour aller étudier à l'étranger, montre combien le handicapé est encore perçu comme une personne à part. Tant, enfin que l'on considèrera que l'enfant doit mendier au lieu d'aller à l'école parce qu'il est, ainsi, plus productif, le rôle de l'action sociale sera limité.

L'action sociale, de ce point de vue, doit avoir les moyens de mener des campagnes nationales de sensibilisation, de promotion pour amener les mentalités à changer. Elle doit être soutenue par toutes les composantes des pouvoirs publics, autant dans la sensibilisation que dans l'accueil des populations cibles, notamment les enfants qui quitteraient la rue pour venir à l'école.

Celle-ci devra être en mesure de les accueillir. Sur le terrain, les actions menées doivent être renforcées, afin que les bénéficiaires acquièrent de plus en plus d'autonomie et se sentent moins exclus de la société. Ainsi, concernant les personnes âgées, des politiques de soutien à domicile, de regroupement associatif dans »des maisons du troisième âge» pourraient être menées.

Des ateliers encadrés, pourraient être organisés en faveur des retraités qui ont conservé des capacités physiques afin de leur permettre de quitter la chaise longue fatale et d'exécuter de menus travaux qui pourraient être source de revenus, individuels ou communautaires.

Pour les handicapés, outre les offres de formations professionnelles adaptées aux handicapés, l'action sociale devrait à mon humble avis   mener des démarches auprès des pouvoirs publics concernés pour que des incitations à l'embauche des handicapés soient offertes aux entreprises.

Ces démarches devront également s'accompagner de mesures visant à faciliter l'accès à tous les lieux publics et aux transports en commun, des handicapés. Autant de progrès sociaux qui atténueront le sentiment d'exclusion que vivent ces populations.

 

Enfin, des soutiens matériels, éducatifs, pédagogiques, en direction des enfants talibés mendiants, des enfants de la rue, des adolescents perdus, des filles mères, des femmes seules, des toxicomanes repentis, visant à prévenir la discrimination devraient être mis en œuvre sur l'ensemble du territoire national. Car si le mal est visible au niveau de Dakar et des autres centres urbains, il est aussi très présent en milieu rural.

Comme cela a été dit plus haut, ces changements, dans l'approche, tant fonctionnelle que géographique, de l'action sociale supposent de gros moyen. Il appartient aux pouvoirs publics de se les procurer. Ils doivent le faire au plan interne d'abord, pour manifester leur volonté.

 Ils doivent solliciter l'aide internationale, aussi, le temps d'être autosuffisant dans ce  domaine qui devrait être considéré comme un domaine de souveraineté, c'est-à-dire, qui ne dépende plus de l'aide extérieure.

Depuis le milieu des années soixante-dix, avec la création d'un Secrétariat d'état à la promotion humaine, « ancêtre» lointain de l'actuel Ministère du Développement social, les autorités sénégalaises ont montré leur volonté de prendre en charge une certaine demande sociale et de repousser les frontières de l'exclusion de certaines catégories de populations, à travers l'action sociale.

Les politiques menées l'ont été avec plus ou moins de succès, en raison, bien souvent du manque de moyens mis en œuvre pour accomplir ces politiques. Au point qu'aujourd'hui l'action sociale ne demeure qu'un instrument, parmi d'autres de lutte contre la pauvreté, sans être en mesure d'aider les populations à sortir de cette pauvreté. Ainsi menée, la mission s'avère quasiment impossible.

Au demeurant, l'espoir est permis de voir le Sénégal engager des réformes, dans le cadre de la nouvelle stratégie de lutte contre la pauvreté, si les moyens sont utilisés à bon escient. L'action sociale pourra, alors se reconvertir en un instrument d'éradication de la pauvreté au niveau des franges de la population dont elle s'occupe. C'est, en tous les cas et sans doute, l'un des plus grands défis de la décennie en cours. 

Vous pouvez consulter cet article dans Sud quotidien du Mercredi 27 Avril 2011

 et dans www. senegaltribune.com

YAHYA SIDIBE

Président SOS TALIBES

yayacounda@yahoo.fr

assostalibes@hotmail.fr


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Un homme résolu n'est pas un homme qui prend des résolutions ; c'est un homme qui agit.

Transmis par AHOUITONON Sèdolo (Cotonou)
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